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Une coalition regroupant des djihadistes et des groupes séparatistes Touaregs a perpétré des attaques coordonnées au Mali, samedi dernier, 25 avril 2026. Plusieurs villes dont Bamako, Kati, Gao et Sévaré, ont été simultanément touchées par ces assauts impliquant plus d’un millier de combattants et visant notamment l’aéroport de Bamako et des installations militaires. Au-delà de la violence de cette incursion armée ayant coûté la vie au ministre malien de la Défense, le Général Sadio Camara, le modus operandi et les moyens utilisés marquent une évolution et un changement d’échelle. Ce qui constitue une menace réelle pour le Sahel.
La situation actuelle du Mali ne saurait être comprise sans remonter à l’année 2012, année d’où est parti un cycle de déstabilisation. L’effondrement du régime d’Amadou Toumani Touré, suite à un coup d’État militaire, ouvre la fragmentation territoriale et politique. Dans la foulée, les groupes rebelles Touaregs, bientôt supplantés par des organisations jihadistes affiliées à Al-Qaïda, prennent le contrôle du Nord du pays.
L’intervention militaire française, à travers l’opération Serval en 2013, permet un temps de restaurer l’intégrité territoriale. Mais c’est une stabilisation fragile. Dès lors, le Mali entre dans une guerre asymétrique prolongée, caractérisée par la multiplication d’acteurs armés, allant de groupes jihadistes, de milices communautaires, aux forces étrangères et par une érosion continue de l’autorité étatique.
Le retrait progressif des forces internationales, dont celles de la France et de la mission onusienne MINUSMA, combiné à l’arrivée d’acteurs sécuritaires russes aux côtés de la junte au pouvoir, redessine les équilibres sans enrayer l’insurrection. Au contraire, les groupes jihadistes, en particulier le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans (JNIM), consolident leur implantation territoriale et leur capacité d’actions.
UNE MONTEE EN PUISSANCE DES GROUPES ARMES DEPUIS 2024
Depuis 2024, le conflit malien connaît une intensification. Les groupes jihadistes, qui ne se limitent plus à des attaques sporadiques, adoptent des stratégies de siège, de contrôle économique et de harcèlement logistique. Le blocus du carburant imposé par le JNIM en 2025 illustre cette mutation, avec plus de 300 camions-citernes détruits et un impact direct sur l’économie nationale.
Parallèlement, les attaques contre les positions militaires se multiplient. En 2025, plusieurs bases sont submergées, causant des pertes importantes dans les rangs de l’Armée malienne. Ces opérations témoignent d’un changement d’échelle. Les groupes armés, soutenus par des fores « occultes » et « ennemis » du Mali particulièrement à l’étranger, dénoncent les autorités de Bamako, disposent désormais de capacités logistiques, de renseignement et de coordination accrues.
L’année 2026 semble confirmer cette tendance. Les jihadistes, souvent en alliance tactique avec des groupes rebelles Touaregs, parviennent à mener des offensives simultanées sur plusieurs fronts, révélant une structuration quasi militaire de leurs opérations.
LES EVENEMENTS DU 25 AVRIL 2026
Les attaques coordonnées du 25 avril 2026 sont un tournant. Plusieurs villes dont Bamako, Kati, Gao et Sévaré, ont été simultanément visées par une coalition regroupant le JNIM et des groupes séparatistes Touaregs
Ces attaques d’une grande ampleur ont impliqué plus d’un millier de combattants et visé l’aéroport de Bamako et des installations militaires. Si le bilan humain reste incertain, la mort du ministre malien de la Défense, Sadio Camara, marque un coup sévère porté à la junte au pouvoir.
Au-delà de leur violence, ces événements marquent une évolution du mode opératoire des groupes armés, désormais capables de coordonner leurs actions qui deviennent synchrones et efficaces. Ils traduisent aussi une plus grande capacité à pénétrer les centres urbains, jusque-là en marge des affrontements. Enfin, ils consacrent une « remise en cause » directe et assumée de l’autorité centrale, dont les symboles et les relais apparaissent de plus en plus vulnérables face aux offensives ciblées.
La chute revendiquée de la ville de Kidal, située à l’extrême Nord-est, régulièrement au centre des affrontements entre groupes armés, forces gouvernementales et acteurs internationaux, par les rebelles Touaregs, témoigne, au-delà de l’événement militaire lui-même, de l’échec des opérations de reconquête territoriale conduites par les forces gouvernementales, et souligne la fragilité de l’Etat central sur les périphéries du pays.
VERS UNE RECOMPOSITION DU CONFLIT SAHELIEN
Les évènements du week-end dernier ne sont-ils pas dans un projet large de recomposition du conflit au Sahel ? Toutes les frontières nationales sont poreuses, permettant aux groupes armés de circuler et d’étendre leur influence. Le JNIM, en particulier, semble adopter une stratégie d’expansion vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, suscitant de vives inquiétudes.
Les attaques répétées dans les régions occidentales du Mali, notamment dans la zone de Kayes, témoignent de cette orientation. Cette région, proche du Sénégal, devient progressivement un espace de projection pour les groupes jihadistes.
LE SENEGAL FACE A UNE MENACE REELLE
Longtemps considéré comme un îlot de stabilité, le Sénégal n’est plus à l’abri des répercussions du conflit malien. La région naturelle du Sénégal oriental, notamment les départements de Bakel (Tambacounda) et de Saraya (Kédougou), à la frontière orientale, est aujourd’hui identifiée comme une zone de vulnérabilité croissante. Plusieurs facteurs peuvent le laisser penser.
Les attaques jihadistes se rapprochent de plus en plus des frontières sénégalaises. Certaines opérations ont déjà ciblé des convois ou des axes logistiques reliant le Mali au Sénégal, traduisant une volonté de perturber les flux économiques et d’élargir le théâtre d’opérations.
La frontière sénégalo-malienne, longue et difficile à surveiller, facilite les infiltrations. Le commerce informel transfrontalier, les mobilités pastorales peuvent être exploitées par les groupes armés pour dissimuler leurs mouvements.
Au-delà de la menace militaire, l’implantation idéologique est un risque. Les groupes jihadistes cherchent à exploiter les fragilités socio-économiques pour recruter et étendre leur influence.
Face à ces menaces, les autorités sénégalaises ont intensifié la surveillance aux frontières. Certes. Ces mesures sont-elles proportionnelles à l’ampleur des menaces ?
UN RISQUE REGIONAL AUX CONSEQUENCES MULTIPLES
La dégradation de la situation au Mali n’est pas seulement une crise nationale. Selon des spécialistes, elle s’inscrit dans une évaluation régionale susceptible d’affecter l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest.
Trois trajectoires différentes peuvent être envisagées au vu des évolutions récentes. La première correspondrait à une dynamique de containment, dans laquelle les États de la région parviendraient, grâce à un renforcement de leur coopération sécuritaire et politique, à circonscrire la menace et à en limiter la propagation. Une seconde hypothèse, plus préoccupante, verrait au contraire une extension progressive des violences vers les pays côtiers d’Afrique de l’Ouest, traduisant ainsi un élargissement du théâtre des opérations. Enfin, un troisième scénario pourrait se dessiner, celui d’une recomposition politique d’ampleur, où la persistance de l’instabilité sécuritaire contribuerait à provoquer des transformations profondes, voire des reconfigurations durables, des régimes en place.
La crise malienne, dans sa phase actuelle, atteint un niveau critique. Les événements du 25 avril 2026 traduisent une mutation caractérisée par une capacité offensive accrue des groupes armés et une fragilisation de l’État.
Pour le Sénégal, l’enjeu n’est plus théorique. Il s’agit d’une menace directe, multidimensionnelle, qui appelle une réponse à la fois sécuritaire, politique et socio-économique.
La stabilité sénégalaise dépendra donc de sa capacité à anticiper les évolutions du conflit sahélien et à s’inscrire dans une stratégie régionale cohérente. Car, au Sahel plus qu’ailleurs, les crises ne connaissent pas de frontières.
I.DIALLO
L’article Situation sécuritaire au Mali : d’une crise à une déflagration régionale est apparu en premier sur Sud Quotidien.