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Près d’un mois après son accession à la présidence de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko a accordé une longue interview à RFI et France 24 diffusée hier, lundi 15 juin. Relations avec le président Bassirou Diomaye Faye, avenir du Pastef, menace de censure, dette publique, élections locales, homosexualité ou encore présidentielle de 2029 : le leader du parti au pouvoir a réaffirmé ses positions tout en se voulant rassurant sur la stabilité des institutions sénégalaises.
Dans cette interview accordée à RFI et France 24, Ousmane Sonko est revenu sur plusieurs sujets notamment sur sa séparation institutionnelle avec le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, l’avenir du Pastef, menace de censure, dette publique, élections locales, homosexualité ou encore présidentielle de 2029. Ainsi, sur sa séparation avec le président de la République, tout en reconnaissant des divergences politiques et programmatiques importantes avec le chef de l’État, il a rassuré sur la stabilité du pays et réfute toute perspective de crise institutionnelle. « Il n’existe pas de querelle susceptible de déchirer le Sénégal », a-t-il assuré, même s’il estime que plusieurs engagements pris durant les années d’opposition ont été abandonnés ou dévoyés. Interpellé sur une éventuelle exclusion de Bassirou Diomaye Faye du Pastef, qu’il a déjà accusé à plusieurs reprises d’avoir trahi le projet du parti, Ousmane Sonko a renvoyé la question aux instances compétentes de la formation politique. Selon lui, toute décision éventuelle devra être prise conformément aux textes du parti.
Censure du gouvernement et élections territoriales de 2027
Revenant également sur l’hypothèse d’une censure du gouvernement, évoquée lors de sa première prise de parole après son départ de la Primature, il a tenu à préciser sa position. « Nous ne serons pas dans des logiques politiciennes de censurer pour régler des comptes ou pour affaiblir une action. Mais, effectivement, si des cas nécessitent une censure, c’est une prérogative constitutionnelle de l’Assemblée nationale. Nous n’hésiterons pas à l’utiliser », a-t-il déclaré, tout en soulignant qu’un nouveau gouvernement venait d’être installé et devait être jugé sur ses actes. Concernant les élections territoriales prévues en janvier 2027, le leader de Pastef a réaffirmé son opposition à tout report du scrutin. « Quelles que soient les manœuvres qui seront entreprises, les élections devront se tenir à la date prévue », a-t-il martelé, rappelant que la loi impose au président de la République de prendre les actes nécessaires à leur organisation. « Quelles que soient les manœuvres qui seront entreprises, les élections devront se tenir à la date prévue. C’est la loi qui encadre l’organisation des élections et qui impose au président de la République de prendre les actes qu’il faut. Je pense que nous avons jusqu’à mi-juillet comme dernier délai pour qu’il prenne le décret pour fixer la date des élections et plus tard convoquer le corps électoral » a-t-il martelé.
La dette publique et la thèse de la « dette odieuse »
Au cours de cet entretien, Ousmane Sonko est également revenu sur la situation économique du pays. Répondant à une question sur la dette publique, il a réaffirmé son opposition à une restructuration qu’il juge préjudiciable aux intérêts du Sénégal. Estimant qu’une partie de cette dette contractée sous les précédents régimes peut être qualifiée de « dette odieuse », le président de l’Assemblée nationale a plaidé pour l’ouverture d’un débat sur son annulation partielle. Il a d’ailleurs révélé avoir défendu cette option lorsqu’il était Premier ministre, sans obtenir l’adhésion des autorités concernées. « Cette dette est effectivement pour partie odieuse. Il faut du courage politique pour poser ce débat-là. (…) J’espère simplement que l’exécutif actuel prendra ses responsabilités pour aller dans ce sens et discuter de l’annulation d’une partie de la dette », a-t-il soutenu.
Université Cheikh Anta Diop et homosexualité
Interrogé sur la mort d’un étudiant lors des violences survenues à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Ousmane Sonko a défendu la nécessité du maintien de l’ordre public tout en reconnaissant qu’au regard des images qu’il a visionnées, il y avait eu un usage disproportionné de la force. Il a toutefois rappelé qu’une enquête était en cours et qu’il convenait d’attendre ses conclusions avant de tirer toute responsabilité.
Sur le durcissement de la législation relative à l’homosexualité, l’ancien Premier ministre a assumé pleinement la position des autorités sénégalaises. Il a exclu toute remise en cause de la loi et n’a pas écarté la possibilité d’un nouveau renforcement du dispositif législatif. Rejetant les critiques formulées par certains pays occidentaux et des organisations internationales, il a estimé que le Sénégal exerçait sa souveraineté en légiférant conformément à ses valeurs culturelles et religieuses.
Réintégration à l’Assemblée nationale et présidentielle de 2029
Interpellé sur les recours introduits devant le Conseil constitutionnel contre sa réintégration à l’Assemblée nationale et, par ricochet, contre son élection à la présidence de l’institution, Ousmane Sonko a assuré qu’il se conformerait à la décision de la haute juridiction. Il a néanmoins rappelé que le Conseil constitutionnel l’avait lui-même reconnu comme député lors de la proclamation définitive des résultats des législatives du 27 novembre 2024. « Je pense que c’est le Conseil constitutionnel lui-même qui, le 27 novembre 2024, a proclamé les résultats définitifs [des législatives, NDLR]. Et dans cette décision, le Conseil constitutionnel a considéré que Monsieur Ousmane Sonko, tête de liste du Pastef, est député à l’Assemblée nationale. Il n’ignorait pas à ce moment-là que j’étais Premier ministre du Sénégal. Donc, le Conseil constitutionnel a lui-même répondu à cette question définitivement. Et dans sa jurisprudence constante, il a toujours considéré qu’il n’était même pas compétent, parce que ça relève des questions d’organisation de l’Assemblée. Donc, je n’ai pas de commentaire à faire sur cette question ».
S’agissant de l’élection présidentielle de 2029, le leader de Pastef, reconduit à la tête du parti le 5 juin dernier pour un nouveau mandat de six ans, a jugé prématuré de parler de candidature. Il a rappelé que le choix du candidat relèvera des instances du parti au moment opportun, tout en refusant de spéculer sur une éventuelle candidature du président Bassirou Diomaye Faye.
Pronostic pour Sénégal-France
Enfin, interrogé sur le match Sénégal-France prévu dans le cadre de la Coupe du monde 2026, Ousmane Sonko a pronostiqué une victoire des Lions. Profitant de cette question sportive, il a réaffirmé sa vision d’une Afrique consciente de ses atouts humains, économiques et stratégiques dans ses relations avec l’Occident. « Je pense que le Sénégal va gagner. (…) Mais, quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique », a-t-il lancé, avant d’appeler les Africains à mieux valoriser leurs ressources et leur potentiel dans les rapports avec les puissances occidentales.
Synthèse réalisée par Nando Cabral Gomis
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