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Le Sénégal accueille depuis hier, lundi 15 juin 2026, dans un hôtel de la place à Dakar, la 9e réunion préparatoire du Comité africain du patrimoine mondial de l’UNESCO. Cette rencontre stratégique réunit durant plusieurs jours diplomates, experts du patrimoine culturel et naturel, représentants gouvernementaux et partenaires techniques afin d’harmoniser les positions africaines, en prélude à la 48e session du Comité du patrimoine mondial, prévue du 19 au 29 juillet 2026 à Busan, en République de Corée.
La cérémonie d’ouverture a été marquée par les allocutions de l’ambassadeur Pierre Faye, Délégué Permanent du Sénégal auprès de l’UNESCO et président du Groupe Afrique (5A), ainsi que du ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme (MCAT), Alpha Thiam. Tous deux ont insisté sur l’urgence de renforcer la présence africaine au sein du patrimoine mondial et d’améliorer les mécanismes de protection des biens déjà inscrits.
Dans son intervention, l’ambassadeur Pierre Faye a rappelé que cette réunion s’inscrit dans la continuité des efforts engagés depuis une décennie pour corriger le déséquilibre persistant qui caractérise la représentation du continent africain sur la Liste du patrimoine mondial. Selon les chiffres présentés, sur les 1 248 biens actuellement inscrits au patrimoine mondial, seulement 112 sont africains. À l’inverse, sur les 53 biens figurant sur la Liste du patrimoine mondial en péril, 13 se trouvent en Afrique.
« L’Afrique est sous-représentée sur la Liste du patrimoine mondial et surreprésentée sur celle du patrimoine en péril », a déploré le diplomate sénégalais, soulignant que cette situation ne traduit nullement une absence de sites à valeur universelle exceptionnelle sur le continent, mais résulte davantage des contraintes techniques, institutionnelles et financières auxquelles font face de nombreux États africains.
Cette réalité, déjà mise en lumière dans l’édition de Sud Quotidien du lundi 15 juin 2026, constitue l’un des principaux défis que les participants entendent relever avant la session de Busan.
Au-delà de l’examen des dossiers de candidature africains, les travaux de Dakar portent également sur les mécanismes de conservation des sites déjà classés, particulièrement ceux menacés par les conflits armés, les changements climatiques, la pollution ou encore l’urbanisation incontrôlée.
L’ambassadeur Pierre Faye a ainsi rappelé les dispositions de la Convention de 1972 de l’UNESCO qui invitent les États à mettre en place des politiques nationales de protection du patrimoine. Il a notamment insisté sur la nécessité de créer des centres nationaux et régionaux de formation dédiés à la protection, à la conservation et à la gestion des biens culturels et naturels classés. Ces structures permettraient de renforcer les capacités techniques des experts africains et d’améliorer la qualité des dossiers de candidature soumis à l’UNESCO.
Le Fonds du patrimoine mondial africain, qui célèbre cette année son vingtième anniversaire, occupe une place centrale dans cette dynamique. Créé en 2006 par l’Union africaine (UA) et les États membres de l’UNESCO, ce mécanisme joue un rôle essentiel dans l’assistance technique, le financement, la formation, le mentorat et le développement de partenariats stratégiques en faveur des États africains.
Grâce à son accompagnement, quarante-deux (42) sites africains ont pu intégrer la Liste du patrimoine mondial au cours des deux dernières décennies. Les participants ont ainsi plaidé pour un renforcement de ce fonds afin de soutenir davantage la conservation des sites existants et l’inscription de nouveaux biens africains.
Prenant la parole à son tour, le ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Alpha Thiam, a salué le travail accompli par le Fonds du patrimoine mondial africain et les bureaux régionaux de l’UNESCO dans le renforcement des capacités africaines. Il a également rendu hommage aux experts, gestionnaires de sites, universitaires et institutions spécialisées qui contribuent quotidiennement à la préservation du patrimoine culturel et naturel du continent.
Selon lui, les progrès enregistrés ces dernières années démontrent que l’Afrique est aujourd’hui mieux organisée pour défendre ses intérêts au sein des instances du patrimoine mondial. Toutefois, il a appelé à une mobilisation accrue afin de consolider les acquis et de faire entendre davantage la voix du continent.
Le ministre a particulièrement insisté sur la dimension identitaire du patrimoine, qu’il considère comme un levier fondamental de développement durable, de cohésion sociale et de diplomatie culturelle. Préserver les sites culturels et naturels africains revient, selon lui, à protéger la mémoire collective des peuples africains et à transmettre cet héritage aux générations futures.
Les participants ont également évoqué la nécessité de renforcer les mécanismes financiers internationaux destinés à l’assistance, au financement et à la conservation des biens inscrits. La mise en place et la consolidation d’un fonds de soutien au patrimoine mondial apparaissent désormais comme une priorité pour garantir une gestion durable des sites africains et faire face aux multiples menaces qui pèsent sur eux.
Les recommandations qui sortiront de cette rencontre devraient permettre aux États africains d’aborder la 48e session du Comité du patrimoine mondial à Busan avec une position commune, ambitieuse et résolument tournée vers une meilleure reconnaissance de la richesse culturelle et naturelle du continent.
Pour les participants, l’enjeu dépasse largement la seule inscription de nouveaux sites : il s’agit de préserver l’identité, la mémoire et les valeurs des peuples africains tout en assurant la transmission de cet héritage exceptionnel aux générations futures.
LAMINE DIEDHIOU
L’article Patrimoine mondial de l’Unesco : Dakar mobilise l’Afrique pour corriger les déséquilibres historiques est apparu en premier sur Sud Quotidien.