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Malgré une loi incriminant l’excision et autres pratiques assimilées depuis vingt-sept (27) ans, les mutilations génitales féminines (MGF) persistent au Sénégal, en particulier dans le Nord, le Sud et l’Est du pays. Face à ce constat, la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) et le ministère chargé de la Famille ont ouvert hier, à Saly-Portudal, un atelier stratégique pour identifier les freins à l’effectivité de l’application du texte et définir une nouvelle feuille de route. Une occasion aussi de rendre hommage à la CNDH pour les vingt-sept ans de combat contre les discriminations et de rappeler que la défense des droits humains reste un chantier permanent.
La cérémonie d’ouverture des activités de la CNDH a réuni autorités gouvernementales, société civile et acteurs de la défense des droits humains. Dans un contexte marqué par la persistance des inégalités, le modérateur a salué l’engagement constant de l’organisation qui, depuis vingt-sept (27) ans, lutte contre les pratiques discriminatoires et l’exclusion sociale. « Cette longue expérience a sensibilisé plusieurs générations et fait évoluer les mentalités sur les droits fondamentaux », a-t-il souligné, tandis que les participants ont appelé à renforcer les politiques publiques de protection des personnes vulnérables.
Parmi ces défis, les mutilations génitales féminines (MGF) occupent une place préoccupante. La ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités, présente à l’atelier organisé par la CNDH, a rappelé que la loi n°99-05 du 29 janvier 1999 a introduit dans le Code pénal des sanctions allant jusqu’à cinq (05) ans d’emprisonnement, voire la réclusion à perpétuité en cas de décès de la victime, contre les MGF.
Un « acquis majeur » conforme à la Constitution et aux engagements internationaux du Sénégal, a confirmé le professeur Amsatou Sow Sidibé, présidente de la CNDH. Pourtant, les chiffres de l’Enquête démographique et de santé continue (ENDS) 2023 montrent qu’environ un quart des femmes âgées de 15 à 49 ans ont subi une forme de mutilation.
Les régions de Matam, Kolda, Sédhiou et Ziguinchor affichent des taux particulièrement élevés. « Le nombre de poursuites judiciaires effectives reste très bas », a déploré Pr A. S. Sidibé, relevant que « La méconnaissance de la loi par les populations, mais aussi par certains acteurs judiciaires et personnels de santé, constitue un frein majeur. »
Elle a également souligné le coût sanitaire et économique : selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), la prise en charge des complications liées aux MGF représente un coût mondial annuel de 1,4 milliard de dollars. Au-delà des chiffres, elle a martelé qu’« aucune religion ni tradition ne saurait justifier cette violence faite aux filles », appelant à une mobilisation collective multisectorielle.
ELABORATION D’UNE STRATEGIE NATIONALE D’ACCELERATION DE L’ABANDON DES MGF, AVEC UN PLAN D’ACTION CIBLANT LES ZONES LES PLUS TOUCHEES
Madame Marie Angélique Mame Selbé Diouf, la ministre de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités a abondé dans ce sens, insistant sur la nécessité de comprendre les résistances culturelles, les silences communautaires et les pesanteurs sociales qui freinent l’abandon définitif de la pratique. « Les MGF brisent des vies, portent atteinte à la santé physique et psychologique des filles et violent leurs droits fondamentaux », a-t-elle déclaré, avant d’inviter les experts à produire des recommandations « audacieuses et concrètes ».
Madame Diouf a rendu hommage aux pionnières, associations féminines, parlementaires et chefs religieux qui ont porté la loi de 1999, estimant que leur héritage impose aujourd’hui de franchir une nouvelle étape. Le ministère a déjà élaboré une Stratégie nationale d’accélération de l’abandon des MGF, assortie d’un plan d’action ciblant les zones les plus touchées.
La présence du représentant du Chef de l’État à l’atelier traduit, selon elle, l’importance accordée par les plus hautes autorités à la protection des filles. Elle s’est engagée à porter les conclusions de la rencontre au plus haut niveau et à veiller à leur traduction en actions concrètes. « La loi de 1999 ne doit plus être un idéal lointain, mais un bouclier réel pour chaque fille de ce pays », a-t-elle martelé.
L’atelier de trois jours, soutenu par le programme conjoint UNFPA-UNICEF, doit aboutir à un état des lieux de la mise en œuvre de la loi, une analyse des jurisprudences et une feuille de route opérationnelle à l’attention des autorités et des partenaires. Les organisateurs espèrent ainsi consolider les acquis des vingt-sept dernières années et ouvrir de nouvelles perspectives pour la promotion des droits humains au Sénégal, dans un esprit de justice, d’équité et de respect de la personne humaine.
« Votre courage nous pousse encore à mieux faire », a déclaré Madame A. S. Sidibé à l’adresse des survivantes et des jeunes filles témoins, insistant que l’élimination des MGF est à la fois un objectif de développement et une exigence de dignité.
Samba Niébé BA
L’article Saly-Portudal – mutilations génitales féminines au Sénégal : entre acquis juridiques et résistances culturelles, la bataille de l’application de la loi relancée est apparu en premier sur Sud Quotidien.