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La Société sénégalaise de Pneumonie s’est associée au programme national de lutte contre le Tabac, le lundi 15 juin 2026, pour célébrée la Journée mondiale sans tabac. Selon Dr Yacine Dia, leur présence se justifie pour briser un silence de plomb, un silence qui tue. Elle estime que la loi interdit, la prévention éduque, mais aucune des deux ne guérit l’addiction installée par le tabac. Ainsi, pour plus d’efficacité, il appelle l’Etat à investir dans la prévention thérapeutique en dotant les structures sanitaires de substituts nicotiniques, les grands absents de la stratégie de santé publique.
Depuis des années, les acteurs portent le combat de la lutte contre le tabagisme par la sensibilisation. L’accent est mis sur la terreur, le nombre de morts, les effets sur la santé du fumeur. Hier lundi, lors de la célébration de la Journée mondiale sans tabac, Dr Yacine Dia de la Société sénégalaise de pneumologie, a touché un pan sensible pour faire booster les avancées. Il s’agit du personnel soignant et de la disponibilité des intrants afin d’accompagner les fumeurs vers l’abandon. Elle estime qu’il faut briser un silence de plomb, un silence qui tue.
Pour elle, les pneumologues occupent une place de témoins privilégiés, mais surtout de témoins douloureux. Chaque jour, dans leurs consultations, dans leurs services d’urgence, aux lits de leurs patients à l’hôpital, ils voient les visages de la tragédie du tabac. « Le tabagisme n’est pas un simple “défaut d’habitude”. Ce n’est pas un choix de vie que l’on peut respecter au nom de la liberté individuelle. Le tabagisme est une maladie. C’est une addiction pédiatrique qui commence trop souvent dès l’adolescence. C’est un piège redoutable tendu à notre jeunesse par une industrie du tabac cynique, qui voit en nos enfants ses consommateurs de demain », a-t-elle déclaré.
Derrière la fumée éphémère d’une cigarette ou d’une chicha, il y a la réalité durable de la maladie et de la mort. En regardant la réalité en face, Dr Yacine nous fait la lecture de la radiographie des services de pneumologie saturés de pathologies entièrement évitables dont le cancer du poumon, la Broncho-Pneumopathie Chronique Obstructive (BPCO), une maladie terrible selon elle, qui détruit lentement les alvéoles pulmonaires et condamne à l’étouffement, les insuffisances respiratoires chroniques.
« La loi anti-tabac votée par notre Assemblée nationale a constitué une avancée historique. Elle a permis de restreindre la publicité, d’interdire de fumer dans les lieux publics et de sensibiliser la population. Nous saluons la volonté politique qui a porté ce texte. Mais aujourd’hui, nous devons admettre une vérité médicale: la loi interdit, la prévention éduque, mais aucune des deux ne guérit l’addiction installée », a-t-elle déclaré. Et de faire savoir : « dire à un fumeur dépendant “arrêtez de fumer, c’est dangereux”, c’est comme dire à un patient diabétique “baissez votre taux de sucre”, sans lui donner d’insuline. Il est admis que la ‘’connaissance d’un risque ne suffit pas à modifier un comportement’’ ».
LA SEULE VOLONTE NE SUFFIT PAS POUR ARRETER DE FUMER
Pour Docteur Yacine Dia, la seule volonté ne suffit pas. Les études scientifiques internationales sont formelles, sans aide médicale, le taux de réussite d’une tentative d’arrêt à long terme ne dépasse pas 3 à 5%. C’est un échec quasi systématique. « Ce n’est pas un manque de courage de la part du patient ; c’est une défaite de notre système de prise en charge médicale. Nous condamnons nos patients à l’échec en les laissant désarmés face à la dépendance biochimique ».
Elle estime que c’est ici que se situe le cœur de leur message et de leur combat car il existe des armes. « La médecine a développé des solutions thérapeutiques efficaces à savoir les substituts nicotiniques. Qu’il s’agisse de patchs transdermiques, de gommes à mâcher ou de comprimés à sucer, ces outils changent radicalement la donne ».
Rappelons que la nicotine est l’une des substances psychoactives les plus addictives au monde. Selon la praticienne, elle modifie la chimie du cerveau en quelques secondes. Lorsque le fumeur tente de s’arrêter par la seule force de sa volonté, il se heurte à un mur, le syndrome de sevrage. Une anxiété massive, une irritabilité sévère, des insomnies, une dépression transitoire et une pulsion obsédante à fumer. « En apportant au cerveau la dose de nicotine dont il a besoin pour ne pas souffrir du manque, mais sans les 4000 substances toxiques et cancérigènes de la fumée de cigarette, ces substituts permettent un sevrage progressif, digne et efficace. Ils doublent, voire triplent, les chances de réussite d’un arrêt définitif ».
CES SUBSTITUTS NICOTINIQUES, LES GRANDS ABSENTS DE LA STRATEGIE DE SANTE PUBLIQUE
Pour Dr Yacine Dia, les substituts nicotiniques sont indisponibles dans l’immense majorité des structures de santé publiques. Ensuite, lorsqu’ils sont trouvés en pharmacie privée, leur coût est prohibitif. Un traitement complet de sevrage coûte extrêmement cher, souvent bien plus cher qu’un budget mensuel de cigarettes pour un consommateur modeste. « C’est une injustice thérapeutique intolérable. Nous soignons gratuitement ou à faible coût les conséquences du tabac dont les cancers, les urgences respiratoires à coups de millions de francs CFA supportés par l’État et les familles, mais nous refusons de financer la prévention thérapeutique qui coûte infiniment moins cher ».
Au nom de la Société sénégalaise de Pneumologie, elle a lancé un appel solennel au gouvernement, au ministère de la Santé et de l’Hygiène publique ainsi qu’à l’ensemble des partenaires techniques et financiers pour une action immédiate structurée autour de trois piliers indispensables dont : l’inscription des substituts nicotiniques sur la liste des médicaments essentiels nationaux : « ces produits ne sont pas des confiseries de confort. Ce sont des médicaments de première nécessité pour la santé respiratoire de notre population. Ils doivent être disponibles dans tous les districts sanitaires du pays » ; la subvention massive de ces traitements : le sevrage tabagique ne doit pas être un luxe réservé à une élite économique.
L’accès aux patchs et aux gommes de nicotine doit être gratuit ou subventionné à une hauteur rendant le traitement accessible à chaque citoyen sénégalais, de Dakar à Tambacounda, de Saint-Louis à Ziguinchor et enfin la décentralisation des consultations d’aide au sevrage à travers le renforcement des capacités et la formation systématique des médecins généralistes, des infirmiers et des sage-femmes sur toute l’étendue du territoire : « Nous devons former nos médecins, nos infirmiers et nos sage-femmes à l’accompagnement au sevrage, et intégrer cette dimension dans la couverture santé universelle ».
« Chaque franc CFA investi aujourd’hui dans un patch de nicotine est un investissement qui rapportera au centuple à notre pays. C’est un lit d’hôpital libéré dans dix ans. C’est une productivité économique préservée pour notre force de travail. C’est, surtout, une vie humaine sauvée, une famille épargnée par le deuil prématuré », a-t-elle avancé.
Et d’ajouter : « nous ne pouvons plus nous contenter de comptabiliser les morts du tabac et de prononcer des discours de compassion. Passons aux actes. Donnons à nos structures de santé et à nos concitoyens les moyens de mener cette guerre contre la dépendance. La Société Sénégalaise de Pneumologie réaffirme son engagement total aux côtés des autorités pour concevoir les protocoles de soins, former les agents de terrain et accompagner cette transition thérapeutique ».
Denise ZAROUR MEDANG
L’article Prise en charge effective de l’addition au tabac : Dr Yacine Dia mise sur la prévention thérapeutique est apparu en premier sur Sud Quotidien.