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Devant une salle où siégeait le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko et plusieurs autorités étatiques, le géopolitologue français Pascal Boniface a livré le jeudi 10 avril 2026 une conférence sur la scène ouest-africaine. Invité à s’exprimer sur le thème « Autonomie, patriotisme et monde multipolaire : l’Afrique à la conquête de sa souveraineté », le fondateur et directeur de l’Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) n’a pas mâché ses mots à l’égard de la politique étrangère américaine, tout en tendant un miroir critique à l’Occident et à ses propres contradictions.
D’entrée, Pascal Boniface, également directeur de l’ouvrage collectif « Les Maîtres du monde », consacré à vingt portraits de personnalités influentes, parmi lesquelles figure le Premier ministre Ousmane Sonko, a salué l’organisation des prochains Jeux de la Jeunesse à Dakar, avant de plonger dans le vif du sujet. Son réquisitoire a ciblé l’administration Trump : « Jamais depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous n’avons eu un chef d’État qui tenait aussi peu compte du droit international, des institutions multilatérales et de la souveraineté des autres nations ». Selon lui, la tentation d’un monde où « les faibles n’ont qu’à souffrir et les puissants faire ce qu’ils veulent », menace directement l’ordre né en 1945, bâti précisément pour empêcher les délires du fascisme et du racisme.
L’essayiste a rappelé que la souveraineté n’est pas une notion abstraite. « C’est la protection de tous. Chaque État est souverain, et aucun État extérieur n’a à lui dicter comment il doit être géré ». Une pique aux interventions occidentales, passées et présentes.
Le « Sud global » ne mendie plus, il exige des partenariats égaux
Pascal Boniface a consacré une large partie de son intervention à l’émergence d’un « Sud global » qui n’accepte plus d’être relégué à l’arrière-plan de l’agenda international. « Pendant cinq siècles, l’Europe a dominé le monde. La fin de la guerre froide aurait dû ouvrir une nouvelle page, mais l’Occident a cru triompher seul ». Il a salué le réveil de pays longtemps cantonnés au silence. « La Chine a réveillé 60 à 80 pays. Aujourd’hui, ces nations ne mendient pas. Elles veulent des partenariats, pas des relations de vassalité. »
Le directeur de l’IRIS a mis en garde : « Si l’Occident ne comprend pas cela, s’il continue son aventure militaire et ses sanctions décidées sans les autres, il aggravera la fracture. Le monde ne reviendra jamais à l’ordre ancien. »
Le Sénégal, « modèle démocratique » pour l’Afrique
Pascal Boniface a longuement salué l’exemple sénégalais, qualifiant le pays de « modèle démocratique ». Une référence à la récente alternance politique et à la résistance citoyenne qui a permis, selon lui, d’empêcher « un pouvoir téléguidé de continuer à abuser de ses prérogatives ». Il a souligné la présence à ses côtés du Premier ministre Ousmane Sonko, figure centrale de cette dynamique : « Vous avez dépassé la répression pour parvenir par la voie démocratique. C’est cela, un modèle. »
Ousmane Sonko : « La France doit entendre la voix de l’Afrique »
Prenant la parole à la suite du conférencier, le Premier ministre Ousmane Sonko a tenu un discours, revenant avec fermeté sur plusieurs enjeux géopolitiques. Dans sa sortie, il a vivement critiqué Donald Trump, qu’il a qualifié de « déstabilisateur de la paix mondiale ». Le chef du gouvernement sénégalais a t évoqué les interventions de l’administration Trump en Iran, qu’il considère comme des facteurs aggravants des tensions internationales.
Dans le même élan, Ousmane Sonko a esquissé les contours d’une diplomatie sénégalaise renouvelée, prônant une relation « apaisée mais exigeante » avec l’ancienne puissance coloniale, France. Une posture qui, selon lui, doit reposer sur le respect mutuel, la souveraineté et la défense des intérêts stratégiques du Sénégal dans un contexte mondial en recomposition.
« Si la France entend notre voix, elle comprendra que c’est la seule voix saine dans ces relations », a-t-il déclaré, avant de citer l’exemple du général de Gaulle : « Les Américains ont voulu déposer un monarque en France ? De Gaulle a dit non. Nous disons non aussi, avec 65 ans d’État et une souveraineté qui évolue. »
Guerre, puissance et multilatéralisme : le choix de l’humanité
En conclusion, Pascal Boniface a livré une mise en garde solennelle : « Il n’y a pas de plan B. Si l’on pense pouvoir encore imposer aux autres ce que l’on veut faire, l’échec sera retentissant. » Il a rappelé que les défis climatiques, migratoires et sécuritaires ne trouveront pas de solution nationale. « La seule voie, c’est le multilatéralisme et le respect de la souveraineté de chacun. »
Les intervenants ont rendu hommage à la jeunesse sénégalaise et critiqué l’unipolarisme. Le conférencier Pascal Boniface a offert à Dakar une feuille de route pour un monde où l’Afrique ne sera plus jamais un objet, mais bien un sujet de l’histoire mondiale.
LAMINE DIEDHIOU
L’article Pascal Boniface appelle « l’Afrique à conquérir sa souveraineté face à un monde au bord du chaos » : « Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale nous n’avons eu un chef d’État aussi libre de sa puissance » est apparu en premier sur Sud Quotidien.