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La poule ne pouvait plus cacher son inquiétude. Chaque fois qu’elle sortait de la case où elle couvait ses poussins qui venaient d’éclore, elle était exaspérée par le combat auquel deux margouillats se livraient sur son passage. C’était un vrai combat de chefs qui se déroulait sur le pas de la porte, tout près du foyer où la maitresse de maison faisait sa cuisine et du pieu où était attaché un mouton. A qui se plaindre ? Sachant que les maitres de la maison étaient peu sensibles aux émois des animaux domestiques, elle décida de se confier aux autres habitants de la concession, le mouton, témoin de la scène, et le cheval dont l’enclos se trouvait à l’autre bout de la maison.
Elle leur tint le même langage, leur confiant que sa mère avait coutume de dire que le malheur vient souvent de là où on ne l’attendait pas, en balançant sa longue queue dans tous les sens et que nul n’était à l’abri de ses divagations !
« Que n’intervenez-vous vite, conclut-elle, pour arrêter ce jeu qui peut être dangereux ? »
Le mouton était indifférent :
– « Tu parles des deux margouillats qui se querellent sous mes pieds, même aux heures les plus chaudes de la journée ? Je les vois qui se jettent l’un contre l’autre, se frappent les poitrines, se mordent les queues, mais tant qu’ils ne renversent pas la gamelle dans laquelle on me sert mon repas, leur ballet m’importe peu ! »
Le cheval se fit encore plus moqueur :
« Que me chantes-tu là, petite bestiole qui vient quelquefois picorer dans mes crottins à la recherche d’une graine de mil qui aurait échappé à ma digestion ? Pourquoi prêterais-je attention à des gesticulations qui se passent si loin de moi ? J’ai plutôt hâte de voir rentrer mon maitre, pour qu’il me passe un coup de brosse sur le poil et repasse une nouvelle couche de henné à ma queue !»
La poule, dépitée, allait retourner voir ses petits, quand elle entendit des cris et vit que la toiture de la case prenait feu. En sautant en l’air les margouillats s’étaient ratés et étaient retombés sur des tisons échappés du foyer, lesquels s’étaient envolés jusqu’au sommet de la case et un incendie, attisé par le vent, s’était vite répandu sur la toiture qui s’était effondrée en quelques minutes. La poule savait qu’elle avait perdu ses poussins mais elle compatissait tout de même au malheur de la maitresse de maison que l’on retenait de force pour l’empêcher d’aller chercher son bébé qui dormait dans la case.
Après un moment de panique la résignation gagna la famille car il fallait aller informer le maitre de maison, qui était en déplacement hors du village, et se préparer à recevoir les hôtes attendus pour présenter leurs condoléances. Le mouton, qui avait été détaché de son pieu pour échapper à l’incendie fut saisi par le cou, conduit à un coin de la maison et égorgé sans façon. Le cheval harnaché en toute hâte avant d’être lancé à bride abattue sur des chemins rugueux, revint quelques heures plus tard ployant sous la charge de deux cavaliers, mais s’écroula, épuisé, à l’entrée de son enclos et rendit l’âme au bout de quelques minutes sans recevoir aucun secours…
Il ne s’agit là que d’un conte, mais les silences, la complicité voire la compromission, du Conseil de Coopération des états arabes du Golfe, proche de l’Iran, et de l’Union Européenne, dont il est la vache à lait, rappellent étrangement le comportement de ses protagonistes. Dans le conflit qui vient d’opposer l’Iran d’une part aux Etats-Unis et à Israël d’autre part, il n’y a pas eu de poule pour jouer les bons offices mais il y a eu un mouton et un cheval.
Aujourd’hui nous sommes tous Iraniens !
Le mouton c’est le monde arabe en général et les pétromonarchies du Golfe en particulier qui n’ont même pas osé relever que cette guerre avait été déclenchée (et ce n’est pas un hasard) pendant le mois de Ramadan, mois de pénitence et de pardon, et l’iftar a eu un gout bien amer au Liban.
C’est une guerre qui était censée être dirigée contre l’Iran mais l’occasion faisant le larron, la guerre « officielle » s’est doublée d’une guerre « officieuse » contre le plus symbolique, le plus vulnérable des Etats arabes. Pourtant, aucun des voisins du Liban n’a exigé que cessent son saccage par l’armée israélienne, l’humiliation de ses forces de défense repliées sur leurs bases, le passage de Beyrouth au karcher ou l’expulsion de la population du sud Liban désormais coupé du reste du pays…
Plus d’un million de Libanais ont été jetés sur les routes, quelques 2000 ont été tués, dont 300 le jour du cessez -le feu conclu par Trump ! Et pendant ce temps, la guerre continue dans ce qui reste le terrain d’entrainement militaire préféré des Israéliens, à Gaza où l’on compte des centaines de morts, malgré le cessez-le feu, en Cisjordanie où les barbaries et les exactions sont quotidiennes…
Le cheval, c’est l’Union Européenne qui, considérant sans doute que l’Iran était à l’autre bout du monde, s’est gardée de dire aux Etats-Unis dont elle est l’alliée la plus proche, avec la vigueur qu’il fallait, que cette guerre déclenchée à son insu et dont on sait maintenant qu’elle a été présentée toute ficelée à Trump par le Premier ministre israélien, n’était ni nécessaire, ni juste, ni légale et qu’aucune menace ne pesait sur leur sécurité. A l’exception du Premier ministre espagnol, pas un de ses dirigeants n’a osé stigmatiser les humeurs, les foucades, les dérives qui ne sont pas que verbales, d’un homme qui a un « comportement d’alcoolique » (sa cheffe de cabinet dixit), qui fustige un régime pour sa théocratie alors que lui-même se compare à Jésus et tente d’ériger les Etats-Unis en théocratie avec le concours de quelques collaborateurs fanatiques !
A quels excès de langage devra arriver cet homme dont le vocabulaire se réduit, dit-on, à 200 mots (dont « enfer », qu’il promet au monde entier y compris à ses « alliés »), pour que les dirigeants européens prennent le risque de le prendre pour ce qu’il est : un ennemi de la paix et de la démocratie.
Pendant 40 jours il a baladé le monde entier, conduit une guerre dont il avait du mal à définir les objectifs et qu’il a eu du mal à suspendre. Au fil des jours et face à ses déboires stratégiques, il est passé de frappes sur des cibles militaires à des actes qui s’apparentent à des crimes de guerre, dirigés non contre un pouvoir mais contre d’innocentes populations.
Face aux deux armées les plus sophistiquées du monde, la résistance iranienne a été la grande surprise d’un conflit dont Trump avait annoncé la fin depuis le 3 mars et qui s’est conclu le 7 avril par un fragile cessez-le feu déjà saboté par Israël, dont on ne connait pas les détails, mais qu’il présente comme une victoire totale.
L’Iran a perdu tous ses dirigeants politiques et militaires, ses infrastructures sont ruinées pour des années, mais aucune preuve n’a été administrée qu’il a changé de régime ou de politique. Il avait peu de chance de remporter une victoire militaire mais l’imbroglio dans lequel s’est retrouvé Trump est comme le signal de la fin de la toute-puissance des Etats-Unis. Enfin, comme dans le conte, la longue queue du malheur a balayé au-delà de l’Iran certains des pays qui s’étaient abstenus de mettre en garde son principal adversaire ou lui ont facilité la tâche.
Comment assassiner une civilisation ?
Ceux qui ont payé le prix le plus cher, ce sont évidemment les pays du Golfe qui ont perdu des hommes sans même avoir participé à la guerre, ce qui est un comble. Les drones et missiles iraniens ont mis à mal leurs infrastructures énergétiques et stratégiques et leur ont fait perdre une partie de ce qui avait fait leur réputation, car leur vulnérabilité et leur fragilité ont éclaté au grand jour.
Cette guerre a pris pour eux, un caractère existentiel car l’annonce d’un bombardement de la centrale nucléaire iranienne de Bouchehr, sur le Golfe Persique leur a fait réaliser que leur survie était aussi menacée que celle de l’Iran. Enfin, leurs dirigeants devront bien répondre un jour de l’ infamie d’avoir servi de caution à un chef d’Etat étranger qui, non content de commettre et de revendiquer des crimes de guerre, s’est engagé à « ramener l’Iran à l’âge de pierre » et qui sans trembler, a proféré cette monstruosité en annonçant qu’il allait assassiner de ses mains une civilisation vieille de 2500 ans à laquelle le monde arabo-musulman et toute l’Humanité sont redevables ! Trump n’est certes pas (encore) passé aux actes, mais ce projet il l’a pensé et publié, ce que personne n’avait osé faire depuis le déclenchement de l’Holocauste…
A des milliers de kilomètres de l’Iran, les Européens qui se croyaient à l’abri de ce conflit ont dû faire face à une crise énergétique qui prenait des proportions de plus en plus inquiétantes jusqu’à menacer leur équilibre économique. Il a mis à nu leurs divisions et la lâcheté de leurs dirigeants, et leur a fait perdre définitivement le droit de faire la leçon aux autres. Mais ce qui nous a le plus choqué c’est leur amnésie car, de par leur histoire récente, ils étaient bien placés pour savoir ce qu’il a couté au monde de laisser prospérer un chef d’Etat qui « coche à toutes les cases du désordre de la personnalité narcissique », puisque c’est le diagnostic que l’Association mondiale de Santé a porté sur Trump.
Ce dernier a apparemment plus de mémoire qu’eux, puisqu’il a promis qu’il se souviendra qu’ils ne l’ont pas aidé à ouvrir le détroit d’Ormuz, mais il n’a pas le monopole de la mémoire. Nous aussi, pays du Sud, allons probablement oublier les mots de nos ennemis, mais nous nous souviendrons du silence observé par ceux qui se disaient être nos amis quand étaient violés le droit, la liberté et les lois internationales dont ils s’étaient prétendus être les garants !
L’article La poule et les margouillats Par Fadel Dia est apparu en premier sur Sud Quotidien.