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En inaugurant son propre siège à Dakar après plus de trente ans passés dans les locaux de la BCEAO, la Banque Ouest Africaine de Développement ouvre un nouveau chapitre de son histoire. Derrière ce déménagement symbolique se dessine une ambition majeure : mobiliser 6 500 milliards de francs CFA pour accélérer la transformation économique de l’Afrique de l’Ouest entre 2026 et 2030.
Après plus de trois décennies d’hébergement au sein de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) prend officiellement son autonomie immobilière à Dakar. L’inauguration des nouveaux locaux de sa mission résidente, en présence du ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, hier jeudi 7 mai, marque une étape importante dans l’évolution de l’institution financière régionale. Au-delà du simple changement d’adresse, ce déménagement traduit la volonté de la BOAD de renforcer sa présence sur le terrain et d’affirmer son rôle stratégique dans le financement du développement au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
« La BOAD n’est pas installée sur un îlot à côté du monde. La BOAD est un acteur de la société », a déclaré son président, Serge Ekué, soulignant la volonté de l’institution de se rapprocher davantage des réalités économiques et sociales des États membres.
Dakar, pivot de la stratégie régionale
Le Sénégal occupe une place centrale dans le portefeuille de la BOAD. Le pays constitue aujourd’hui la deuxième exposition financière de l’institution après la Côte d’Ivoire, avec plusieurs projets structurants dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de la formation professionnelle et du numérique.
Parmi les investissements majeurs figurent notamment le développement du gazoduc national, une centrale solaire desservant près de 820 000 habitants, la construction de lycées professionnels agricoles ainsi que la modernisation des datacenters et des infrastructures de câbles sous-marins.
Pour Serge Ekué, ces investissements répondent avant tout aux déficits structurels qui freinent encore le développement régional. « Ce qui m’empêche de dormir, c’est le manque d’énergie, le manque de routes, le manque d’infrastructures et le manque de logements sociaux », a-t-il confié.
6 500 milliards pour accélérer le développement
L’inauguration intervient alors que la BOAD affiche des ambitions financières inédites. L’institution vient d’achever son précédent plan stratégique quinquennal, baptisé « Joliba », avec des résultats supérieurs aux objectifs fixés.
Sur une cible initiale de 3 500 milliards de francs CFA, la banque a finalement mobilisé 3 700 milliards, soit un taux d’exécution de 112 %. Son total d’actifs dépasse désormais les 5 500 milliards de francs CFA. Dans la continuité de cette dynamique, le Conseil des ministres de l’UEMOA a validé, fin mars, le nouveau programme stratégique 2026-2030, intitulé « Joliba, la suite ». L’objectif fixé est particulièrement ambitieux : mobiliser 6 500 milliards de francs CFA en cinq ans, soit presque le double du précédent cycle d’investissements.
Pour la direction de la BOAD, cette montée en puissance répond à l’ampleur croissante des besoins de financement des États ouest-africains, mais également à l’évolution du contexte international.
« Cela traduit aussi le retrait d’un certain nombre de partenaires », a reconnu Serge Ekué, évoquant le désengagement progressif de plusieurs bailleurs internationaux traditionnels.
Dans ce contexte, la BOAD entend pleinement assumer son rôle contracyclique : intervenir précisément lorsque les financements extérieurs se raréfient.
Une alliance maintenue avec la BCEAO
Cette autonomie nouvelle ne remet toutefois pas en cause les liens historiques entre la BOAD et la BCEAO. Représentant le gouverneur Jean-Claude Kassi Brou lors de la cérémonie, le vice-gouverneur de la banque centrale a rappelé la complémentarité entre stabilité monétaire et financement du développement.
« La stabilité sans développement serait stérile et le développement sans stabilité serait fragile », a-t-il résumé.
Les nouveaux locaux reflètent d’ailleurs cette philosophie de sobriété et d’efficacité revendiquée par l’institution. Architecture épurée, cloisons vitrées, espaces lumineux : la BOAD affirme vouloir privilégier la fonctionnalité, la transparence et la proximité plutôt que le prestige institutionnel.
Un outil de souveraineté régionale
Au-delà du Sénégal, cette nouvelle implantation s’inscrit dans une stratégie de décentralisation progressive déjà amorcée dans d’autres pays de l’Union. L’objectif est de rapprocher davantage la banque des États, des entreprises et des porteurs de projets privés dans l’ensemble de l’espace UEMOA. Dans un environnement international marqué par les crises géopolitiques, les tensions budgétaires et la reconfiguration de l’aide publique au développement, la BOAD s’impose progressivement comme l’un des principaux instruments de souveraineté économique régionale.
En changeant d’adresse à Dakar, l’institution ne modifie pas sa vocation : financer durablement la transformation économique de l’Afrique de l’Ouest.
JEAN PIERRE MALOU
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