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Le soleil se lève à peine sur la petite jetée de Mbour que déjà, les pirogues quittent le rivage, poussées par les bras robustes des pêcheurs artisans. Ici, chaque départ en mer est un pari sur la vie : le risque d’un accident, le danger des vagues, et l’incertitude de la pêche. Pourtant, ces hommes et ces femmes continuent, génération après génération, de mettre leur courage au service de la communauté. Mais derrière cette bravoure se cache une réalité souvent méconnue : celle de leur rémunération, parfois irrégulière, parfois insuffisante, toujours fragile.
Les métiers de la mer exposés au danger
Pour les pêcheurs artisans, travailler en mer n’est jamais anodin. Les embarcations sont petites, les moteurs rudimentaires, et les filets parfois anciens. « Il arrive que nous passions toute la nuit à ramer ou à poser les filets, sans garantie de retour », confie Mamadou Diop, pêcheur depuis vingt ans à Saly. Les conditions climatiques sont imprévisibles, les vagues peuvent se dresser brusquement, et chaque sortie comporte le risque d’accidents graves, parfois mortels.
Malgré ces dangers, leur savoir-faire reste indispensable. Ces pêcheurs approvisionnent marchés et restaurants, garantissant l’accès quotidien au poisson frais. Mais paradoxalement, leur rôle vital dans l’économie locale ne se traduit pas toujours par des revenus proportionnels aux risques qu’ils prennent.
Des systèmes de rémunération variés mais fragiles
Traditionnellement, la rémunération des pêcheurs artisans repose sur le partage proportionnel de la capture. Chaque pêcheur reçoit une part définie du produit de la vente du poisson. Ce système, bien que juste sur le papier, présente des limites pratiques. Les retards de paiement par les intermédiaires, l’opacité dans le calcul des parts et la pression des coûts d’exploitation réduisent souvent la part effective des pêcheurs.
« Parfois, il nous faut attendre plusieurs jours, voire une semaine, pour recevoir notre argent », raconte Awa Fall, qui travaille sur les pirogues collectives de Mbour. « Entre-temps, il faut nourrir la famille, payer le carburant, réparer les filets. On vit toujours au jour le jour. »
Certaines pirogues ou coopératives ont essayé d’introduire des primes de risque, versées lorsque les conditions sont particulièrement difficiles ou lorsque la capture est exceptionnelle. Mais ces pratiques restent marginales et ne concernent qu’une minorité d’artisans. Le salaire fixe est presque inexistant et, lorsqu’il existe, il ne reflète pas toujours la performance réelle du pêcheur ni l’exposition au danger.
Un équilibre précaire face aux pressions économiques
Au-delà des risques physiques, les pêcheurs doivent composer avec la volatilité du marché et la hausse des coûts d’exploitation. Les prix du carburant, des filets et des appâts influencent directement la rentabilité de chaque sortie en mer. De plus, les fluctuations des prix du poisson sur les marchés locaux peuvent réduire les revenus attendus. Dans ce contexte, la part revenant aux pêcheurs peut s’amenuiser, même si ceux-ci ont pris le plus de risques.
Selon un rapport récent de l’Observatoire National de la Pêche Artisanale, plus de 60 % des pêcheurs artisanaux au Sénégal jugent leur rémunération insuffisante pour couvrir les dépenses liées à l’activité, notamment l’entretien des pirogues et l’achat des équipements de sécurité.
Vers des solutions durables
Pour améliorer cette situation, plusieurs pistes sont à l’étude. La formalisation des accords entre pêcheurs et commerçants, avec des contrats écrits et transparents, pourrait réduire les conflits et les retards de paiement. L’utilisation des technologies de paiement mobile permettrait de sécuriser les transactions et de garantir une rémunération rapide.
Certains acteurs proposent également de définir une prime de risque officielle, intégrée directement dans le calcul de la part de chaque pêcheur, afin de reconnaître l’exposition aux dangers. Par ailleurs, le développement de systèmes d’assurance et de protection sociale pourrait réduire la vulnérabilité face aux accidents et aux pertes.
La reconnaissance de leur valeur
Au-delà des chiffres et des contrats, il s’agit surtout de reconnaître la valeur de ces acteurs du risque. Leur travail quotidien soutient la sécurité alimentaire, contribue à l’économie locale et préserve un patrimoine culturel et maritime. « Nous ne demandons pas l’impossible », souligne Mamadou Diop. « Juste que notre travail soit respecté et payé à sa juste valeur. »
Le défi est double : sécuriser la rémunération des pêcheurs artisans et valoriser l’activité dans sa dimension humaine et sociale. Car sans ces hommes et ces femmes prêts à braver la mer, les marchés resteraient vides, et le lien entre la terre et la mer se fragiliserait.
SAMBA NIEBE BA
L’article Rémunérations des acteurs du risque : focus sur le paiement des pêcheurs artisans est apparu en premier sur Sud Quotidien.