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on - Apr 1 -
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Réunis en atelier à Dakar les 31 mars et 1er avril 2026, les membres de l’Association des mandataires judiciaires du Sénégal (AMJS) ont engagé une réforme structurante destinée à transformer durablement la profession. Porté par le président Me Ismaïla Daddy Sagna et par Abdoulaye Dramé, président de la commission de formation professionnelle, ce programme, déployé sur 18 à 24 mois, s’articule autour de dix modules visant à harmoniser des pratiques encore hétérogènes, à renforcer l’intégrité et à inscrire pleinement l’AMJS dans la dynamique de l’espace OHADA.
La profession amorce ainsi une nouvelle phase de son évolution. L’initiative, conçue comme un levier de transformation, répond à une réalité interne bien identifiée : la diversité des profils. L’AMJS regroupe en effet des avocats, des experts-comptables et des experts judiciaires. Une pluralité qui constitue une richesse, mais aussi un défi en matière de cohérence des pratiques. Me Ismaïla Daddy Sagna l’exprime clairement : « Notre association est riche de sa diversité, mais cette pluralité exige aujourd’hui une harmonisation des pratiques pour plus d’efficacité et de crédibilité. ». Même constat du côté d’Abdoulaye Dramé, qui insiste sur la nécessité d’un socle commun : « Il est indispensable de doter tous les mandataires d’un socle commun de compétences afin d’assurer une application uniforme des procédures collectives. » C’est précisément l’ambition du programme de formation officiellement enclenché à Dakar.
Cette réforme s’appuie sur le cadre juridique de l’Acte uniforme de l’OHADA relatif aux procédures collectives d’apurement du passif (AUPCAP), qui régit l’exercice de la profession dans l’ensemble de l’espace communautaire. Au Sénégal, son application est encadrée par les juridictions compétentes notamment les tribunaux de commerce ainsi que par la Direction des affaires civiles et du sceau (DACS) du ministère de la Justice. Le dispositif de formation couvre l’ensemble des mécanismes liés au traitement des entreprises en difficulté : diagnostic d’entreprise, règlement préventif, accompagnement des entreprises en difficulté, redressement judiciaire, liquidation des biens, mais aussi les principes de bonne gouvernance et de déontologie professionnelle.
Sur ce dernier point, les responsables de l’AMJS se montrent particulièrement fermes. Abdoulaye Dramé rappelle que «la crédibilité de notre métier repose sur le respect strict des principes d’indépendance, de probité et de transparence ». Des mécanismes de contrôle, assurés conjointement par la DACS et les juges-commissaires, sont déjà en place, avec des sanctions prévues en cas de manquement aux dispositions de l’AUPCAP ou aux directives du ministère de la Justice. La présence du directeur adjoint de la DACS lors de l’atelier traduit la volonté des autorités de suivre de près la mise en œuvre de cette réforme.
Au-delà du cadre national, l’AMJS affiche une ambition régionale. L’association envisage d’impliquer ses homologues des autres pays membres de l’OHADA afin de renforcer l’intégration professionnelle à l’échelle communautaire. Des partenariats sont également en cours avec des institutions engagées dans la promotion de la bonne gouvernance, notamment l’ASEPEX. À travers cette mue, les mandataires judiciaires entendent aussi contribuer à l’amélioration du climat des affaires. En garantissant un traitement plus rigoureux, transparent et prévisible des entreprises en difficulté, ils cherchent à renforcer la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux, pour qui la qualité des procédures collectives constitue un indicateur déterminant.
JEAN PIERRE MALOU
L’article Mandataires judiciaires du Sénégal : l’heure de la mue stratégique est apparu en premier sur Sud Quotidien.