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De l’arène nationale bouillante de Pikine aux ambitions planétaires des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, Audrey Azoulay décrypte un Sénégal entre tradition et modernité. Marraine du combat ayant résulté sur le sacre de Sa Thiès face à Modou Lô, elle célèbre une lutte enracinée, universelle et porteuse d’avenir. Présidente de la Fondation France s’engage, l’ancienne Directrice générale de l’UNESCO, entre 2017 et 2025, et ancienne ministre de la Culture en France, elle s’est confiée en exclusivité à Sud Quotidien.
Vous étiez marraine du combat « royal » entre Sa Thiès et Modou Lo. La lutte allie culture et sport. Deux disciplines qui vous affectionnent ?
J’ai assisté à Pikine, à un magnifique moment de joie, de fête autour du sport, à travers un grand combat de lutte sénégalaise, dont j’avais l’honneur d’être la marraine. Et assister à un combat de lutte sénégalaise dans ces stades en folie, avec une ambiance extraordinaire, avec des supporters qui soutiennent chacun leur champion, celui qui était le tenant du titre, Modou Lô, et puis le challenger, Sa Thiès, qui était venu défier le « Roi des arènes » était magnifique.
Les préliminaires
Avant le combat, c’était vraiment ce qu’on aime dans le sport. On voit que c’est une culture. Il y a des danses, des chants, des chants traditionnels, de la musique. On sent que c’est une culture. Alors là, c’est aussi lié, je pense, à la lutte sénégalaise, parce que c’est aussi l’héritière de toute une mystique, de tout un rapport à la nature, avec des jeunes hommes qui étaient en quelque sorte intronisés à travers la lutte sénégalaise. Il y a aussi ce rituel qu’on retrouve. Moi, j’ai adoré aussi voir les lutteurs danser chacun, avec leurs équipes, avant de rentrer dans l’arène.
N’avez-vous pas l’impression que le rituel d’avant-combat est plus intéressant que le combat lui-même ?
Je suis d’accord. Avant le combat, on voit toutes les dimensions du sport : la fête, le partage, la culture, les rites, les chants, les danses. Ça avait donc beaucoup de sens pour moi d’être marraine d’un combat de lutte sénégalaise. Et quel combat ! Un combat royal, qui en plus a déjoué tous les pronostics dans la façon dans laquelle il s’est déroulé.
Certains estiment que le lutte sénégalaise ne peut s’exporter ?
Je ne sais pas s’il faut forcément l’exporter, mais je sais qu’il faut la montrer, la faire connaître, et aussi la protéger dans ses dimensions culturelles. Parce que certains sports de lutte d’ailleurs traditionnels, sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et je vous raconte d’ailleurs une histoire que j’adore. Au début de mon mandat, en 2018, la Corée du Nord et la Corée du Sud, séparément, voulaient faire classer leur sport de lutte traditionnel. Qui est lié aussi aux saisons, à l’agriculture, etc. On retrouve des traits communs.
Et, pour la première fois, j’ai réussi à les convaincre de le faire ensemble. C’est-à-dire que Corée du Nord et Corée du Sud, ensemble, ont apporté à l’UNESCO un dossier de classement au patrimoine immatériel d’une lutte, appelée « ssirum » ou « ssireum », qui a été inscrit. Et c’était très émouvant parce que là aussi on voit la dimension culturelle du sport, parce que ça réunit les gens des deux côtés d’une frontière qui est hermétique. C’est magnifique ! La lutte sénégalaise parle… Il faut la protéger, il faut savoir lui conserver ses traits distinctifs. Et je pense que ça rapproche aussi toutes les diasporas sénégalaises à travers le monde. Et au-delà.
Le Sénégal qui ambitionne de devenir un hub sportif va abriter, à partir du 31 octobre prochain, les Jeux Olympiques de la jeunesse.
(Elle coupe…) Et je suis venue aussi pour ça. Je crois beaucoup en cet événement. Son caractère inédit, la première fois que ces Jeux se tiennent en Afrique. Extraordinaire ! Dans le pays qui est celui de la « Teranga », de l’hospitalité. Et avec la jeunesse, sur le continent de la jeunesse. Et c’est aussi pour ça que j’ai été assistée, j’avais le bonheur d’être invitée par les autorités sénégalaises au défilé de l’indépendance, le 4 avril (2026). Parce qu’ils étaient placés sous les auspices des Jeux Olympiques de la jeunesse. Parce que quand un pays s’engage comme ça à accueillir le monde à travers le sport, tout le pays s’engage : les autorités politiques, mais aussi civiles, militaires. Et il y a eu dans ce défilé, une partie culturelle au début, et la mascotte qui a défilé, les volontaires, l’uniforme des volontaires qui a été montré. On voit bien que le pays vibre déjà en réalité pour la préparation de ce grand événement qui est un événement mondial. On retrouve tout ce qu’on aime dans le sport : réunir, la culture, l’accueil, la jeunesse aussi.
Que vous inspire le slogan, « l’Afrique accueille, Dakar célèbre » ?
On y retrouve bien la dimension de l’accueil, parce que ça va être quelque chose d’unique. Là c’est des jeunes, même très jeunes, qui vont venir des quatre coins du monde pour pratiquer quelque chose qui a un langage commun. Le sport, c’est un langage universel. Et puis la performance sportive, d’être en compétition sportive, ça aussi c’est un langage commun à tout le monde. Et Dakar célèbre, parce que je pense que ça peut être un moment pour Dakar de capitaliser sur toutes ses traditions, toutes ses richesses, toute cette hospitalité qu’elle s’est développée. Et puis ça peut être aussi une occasion importante pour le pays, du point de vue aussi économique, en montrant ce que le pays est capable de faire au reste du monde, parce que c’est quelque chose qu’il faut montrer. Et c’est l’occasion de le faire.
Vous êtes française, d’origine marocaine. Que vous inspire le multiculturalisme ?
C’est la modernité. On vit dans un monde où les jeunes voyagent. Il n’y a jamais eu autant d’étudiants qui font leurs études dans un autre pays que leur pays d’origine. On voit aussi que certaines fragilités du monde, notamment la crise de la biodiversité ou le bouleversement climatique, ça aussi, ça nous relie. Et le multiculturalisme, c’est apprendre à vivre ensemble quand on est différent. Je crois que ça, c’est une leçon qu’on doit chacun porter à l’intérieur de nos pays. Bien sûr dans le respect de la souveraineté de chaque pays. Il n’est pas question de dire qu’il n’y a plus de pays. Les pays sont très importants, c’est le cadre de la démocratie, c’est le cadre, ce socle national est très important, mais il faut apprendre à vivre ensemble dans la différence. Je me méfie beaucoup des modèles qui fonctionnent sur une exclusive, une exclusive religieuse, une exclusive nationale. C’est mortifère.
Vous avez aussi rencontré les membres du COJOJ, notamment le Président Mamadou Diagna Ndiaye et toute son équipe. Que pensez-vous de cette organisation ?
Une organisation que je suis de près. Ce n’est pas la première fois que je les rencontre ici au Sénégal. Et aujourd’hui j’ai visité ce qui sera le quartier général du Comité d’organisation des Jeux dans l’ancienne base militaire française jusqu’à il y a quelques mois, peut-être plus, quelques années à peine. Et qui est un lieu où tous ces jeunes talents du Sénégal et aussi d’ailleurs, parce qu’il y a aussi des gens qui viennent déjà d’autres pays dans le comité d’organisation, travaillent déjà d’arrache-pied à faire de cet événement une réussite.
Donc, je vois la montée en puissance de l’organisation. C’est suivi de très près par le Président Ndiaye. J’ai confiance et je sais que ça va être un moment exceptionnel. J’ai vécu le moment exceptionnel à Paris des Jeux Olympiques 2024. Je fais partie des Parisiens qui sont restés pendant tous les Jeux et qui ont adoré. Et je souhaite le meilleur, le même succès. Et je sais que ce sera le même succès ici au Sénégal.
Exergue :
« Je me méfie beaucoup des modèles qui fonctionnent sur une exclusive, une exclusive religieuse, une exclusive nationale. C’est mortifère »
Recueillis par Abdoulaye THIAM
L’article Audrey Azoulay, Présidente de la Fondation « La France s’engage », Ancien DG de l’Unesco, Ancien ministre de la culture et Marraine du combat Modou Lô – Sa Thiès : « La lutte sénégalaise parle… Il faut la protéger » est apparu en premier sur Sud Quotidien.