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L’Imam Mouhammedou Abdoulaye Cissé vient de publier son premier ouvrage intitulé « Serigne El Hadji Madior Cissé, itinéraire d’un soufi accompli » (Harmattan). L’auteur, un universitaire et spécialiste des questions de shari’a et de soufisme, retrace, dans ce livre, l’itinéraire d’exception de cet homme de Dieu multidimensionnel qui a marqué d’une empreinte indélébile l’histoire socioreligieuse du Sénégal.
« Si l’on considère l’immense oeuvre au service de l’islam de Madior Goumbo Cissé, la profonde spiritualité d’Ahmadou Cissé Lala, la sainteté de Sokhna Astou Gaye « l’islam » et l’envergure spirituelle de Serigne El Hadji Madior Cissé ainsi que les réalisations de ce dernier, il convient de dire que l’histoire de cette famille s’inscrit dans la continuité ». Ce passage plein de sens résume quasiment le livre « Serigne El Hadji Madior Cissé, itinéraire d’un soufi accompli » de l’imam Mouhammedou Abdoulaye Cissé. Dans cet ouvrage publié récemment aux éditions Harmattan, le guide spirituel de la Dahira Moutahabbîna Fî Lâhi et le continuateur de la mission de Serigne El Hadji Madior Cissé retrace la lignée, la formation, l’itinéraire d’exception de cet l’homme de Dieu qui a marqué d’une empreinte indélébile l’histoire socioreligieuse du Sénégal.
Peut-on parler de Serigne El Hadji Madior Cissé, sans revenir sur ses origines, notamment son grand père Madior Goumbo Cissé, surnommé Madior Mâlik, né vers 1848, à Ndar Toute ? Évidemment pas. Ses grands-parents originaires de Wanar, dans l’arrondissement de Mbirkilane, dans le département de Kaffrine.
Rencontre avec Serigne Babacar Sy
Fils unique de Goumbo Cissé, Madior était un éminent poète et juriste. Sa vie était rythmée par l’enseignement religieux, les travaux champêtres et la commercialisation des récoltes. Il avait un rayonnement intellectuel et spirituel jusqu’au Mali en Guinée et en Mauritanie. Il avait gagné l’estime de ses coreligionnaires de Saint-Louis où il avait institué, en 1889, un « Gamou » à son retour du pèlerinage à La Mecque. « Au panthéon de Saint-Louis, il a rang de Saint et de grand érudit », renseigne l’auteur.
Madior Goumbo s’est éteint le 19 mars 1893 et malgré son rappel à Dieu prématuré à l’âge de 45 ans, il a réalisé une oeuvre colossale et féconde au service de l’islam. « Adepte de la voie Qadiriyya, Madior Goumbo a entretenu de bonnes relations avec Seydi El Hadji Malick Sy, Khali Madiakhaté Kala, Cheikh Ahmadou Bamba, Diakha Cissé Faguèye et Thierno Aby Diagne », écrit imam Cissé.
Son petit-fils, Serigne El Hadji Madior Cissé, l’unique fils d’Ahmadou Cissé et de Sokhna Astou Gaye « l’islam », né en 1919, suivra ses pas et assurera la continuité. Universitaire et spécialiste des questions de shari’a et de soufisme, imam Mouhammedou Abdoulaye Cissé offre à la méditation du lecteur le parcours exceptionnel du saint homme, « perle majeure de la perfection soufie », qui a conquis le monde par sa foi et son érudition.
Le fils d’Ahmadou Cissé rêvait de devenir médecin, mais le destin lui réservait un cheminement spirituel à nul autre pareil. Le marabout Serigne Amadou Lamine Seck lui avait prédit que sa carrière dans l’administration n’était qu’une étape de sa vie, que son vrai destin se trouvait dans la religion et qu’il ne quitterait ce monde sans être le dépositaire du khalifat de Cheikh Ahmad Tijâni. Cette prophétie allait se réaliser bien des années plus tard.
Nombre de fois, Serigne El Hadji Madior vit en rêve Serigne Babacar Sy. Ces rêves lui inspirent alors l’initiative d’aller à la rencontre du vénéré maître de la Tijâniyya. Sur inspiration divine, Serigne El Hadji Madior Cissé se rend en février 1952 à Tivaouane pour être initié au wird tijâne et solliciter des prières pour sa guérison. Cette rencontre avec le guide marque un tournant majeur et décisif dans sa vie.
Selon l’auteur, c’est à partir de cet instant que Serigne Madior a commencé à gravir les marches escarpées de son ascension spirituelle. « Âgé de 33 ans, il fait une allégeance inconditionnelle à son maître spirituel », précise-t-il.
En 1953, Serigne El Hadji Madior forme le projet de fonder une « dahira » et obtient une « autorisation spéciale » permanente ; puis, en 1955, Serigne Babacar Sy accorde à la dahira Moutahabbîna Fî Lâhi la permission d’organiser un « Gamou » à Saint-Louis. Mieux, il déclare solennellement en assumer la paternité, en assurer la continuité sinon la pérennité.
Selon l’auteur, « ces propos non seulement marquent sa totale adhésion au projet, mais aussi consacrent l’investiture de Serigne El Hadji Madior Cissé comme son disciple agrée et le continuateur de son oeuvre ».
C’est ainsi que le premier « Gamou » s’est tenu le 28 mai 1955, à la place Amath Ndiaye Hanne, et a connu une grande réussite. Trois jours après, Serigne El Hadji Madior reçoit, via un télégramme, les félicitations de Serigne Babacar qui lui décernera d’ailleurs l’Ijâzâ Itlâq, un grade suprême dans la Tijâniyya.
Au fil des ans le « Gamou » connut une ampleur inespérée et un faste de plus en plus éclatant. Conscient de la charge spirituelle qu’il portait, il y consacrait tout son temps et toute son énergie.
Itinéraire d’un soufi accompli
Selon l’auteur, les origines familiales de Serigne El Hadji Madior Cissé présageaient du destin singulier du saint homme. « Son grand-père paternel, Madior Goumba Cissé, avait scellé un pacte dans le monde invisible avec Seydi El Hadji Malick Sy à qui il avait confié sa famille. C’est la raison pour laquelle son petit-fils a fait allégeance à Serigne Babacar Sy qui l’a traité en fils adoptif, a été son guide spirituel, formateur, mentor », explique l’imam Mouhammedou Abdoulaye Cissé.
Dans cet ouvrage, il dresse l’itinéraire d’exception du soufi accompli que fut Serigne El Hadji Madior, un savant, maître, éducateur qui avait fait de la vulgarisation du savoir un sacerdoce. Imam Cissé le présente comme « un homme profondément attaché au Coran et à la tradition prophétique ».
En somme, un fin pédagogue et orateur, qui a transmis le message divin avec sagesse tactique et diplomatie. « Il était l’archétype du zâhid, de l’ascète », décrit-il, doublé d’un homme en perpétuelle quête du savoir, qui se détournait des attraits matériels et des désirs mondains.
« Sa foi pure et ardente, les sacrifices qu’il a consentis au service de son maître spirituel et la munificence divine l’ont fait accéder à un rang sublime et lui ont valu l’honneur suprême d’entrer dans le cercle ferme des khalifes de Cheikh Ahmad Tijâni », écrit-il au fil des pages.
Serigne El Hadji Madior, ajoute-t-il, a vécu sa foi dans la plénitude et a massivement contribué à la vivification de la Tijâniyya dans sa ville natale. « Il a porté un message d’union des coeurs et des esprits, un message de paix et de miséricorde qui fut son credo sa vie durant et son arme de guerre contre l’ennemi qui n’est autre que les passions sataniques qui aliènent l’homme », affirme l’auteur.
Esprit universel qui a atteint les plus hautes cimes de savoir comme le présente l’auteur, Serigne El Hadji Madior Cissé a marqué son époque en combattant sur tous les fronts pour élever la voix d’Allah, de Son messager et de Cheikh Ahmad Tijâni. Ce qui lui a valu, selon imam Cissé, l’agrément divin, symbole de son nom Ma’joor qui signifie « celui qui reçoit en permanence ».
Le passage de témoin
Toute sa vie a été un sacrifice, un don de soi pour la juste cause. Le saint homme a laissé l’Ihsân, la bienfaisance, à sa famille et à l’ensemble de ses disciples. « Serigne El Hadji Madior Cissé est un homme de son temps qui ne se limitait pas aux connaissances livresques. Son ambition était de former des citoyens exemplaires, des hommes et des femmes exempts de reproches. Il se chargeait de remettre sur le chemin de la rectitude des personnes en rupture de ban jugées irrécupérables par la société », informe l’auteur.
Serigne El Hadji Madior Cissé était aussi un apôtre de la paix et du patriotisme. Il entretenait d’excellents rapports avec des figures religieuses musulmanes. Très ouvert, il a tissé des liens avec d’éminentes personnalités du monde arabo-musulman. Il a visité des pays comme l’Arabie Saoudite, le Maroc, l’Égypte, l’Irak et le Koweït.
Le fils d’Ahmadou Cissé Lala a mené une intense vie dévotionnelle. Il fuyait les honneurs et n’était pas mû par la recherche effrénée de gains. D’une générosité proverbiale, il savait donner et son principe était « que la main gauche ne sache pas ce que la main droite a donné ». Il était la bonté personnifiée et avait fait naître chez ses enfants « l’amour du don ».
Avant d’aller répondre à l’invitation du grand maître Seydi El Hadji Malick Sy, il avait réalisé son rêve de transformer la Zawiya logée chez lui en une grande mosquée qu’il baptisa Masjidul Ihsân, la mosquée de la bienfaisance.
Dans les derniers instants de sa vie, le vendredi 29 mars 2007 plus précisément, le saint homme a passé le témoin à son fils Mouhammedou Abdoulaye Cissé. Il lui avait demandé de tendre la main à tout le monde, d’enseigner la religion et la tarîqa, et d’être modeste.
Sa mission s’est achevée le dimanche 31 mars 2007. Près de deux décennies après sa disparition, le savoir de Serigne El Hadji Madior Cissé continue toujours de rayonner à travers ses écrits, mais aussi la discipline et le sens de l’organisation deux traits distinctifs de ses disciples.
L’article Un hommage vibrant à une figure exceptionnelle de la Tijâniyya est apparu en premier sur Sud Quotidien.