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Avec le lancement de la session francophone de PanAfGeo+, le Sénégal place l’hydrogéologie au cœur des enjeux stratégiques du continent. Entre impératifs climatiques, ambitions minières et rivalités géopolitiques, la maîtrise de l’eau s’impose comme un instrument de souveraineté. Les autorités sénégalaises et leurs partenaires internationaux appellent à une mobilisation scientifique durable.
Dakar a servi, ce matin, de cadre à l’ouverture de la session francophone du programme PanAfGeo+ consacré à l’hydrogéologie appliquée aux industries extractives. Organisée au Service géologique national du Sénégal (SGNS), la rencontre a réuni un parterre de décideurs publics, de diplomates et d’experts, traduisant l’importance stratégique désormais accordée à la gestion des ressources en eau souterraine.
Au-delà de son apparence technique, l’atelier s’inscrit dans une dynamique politique affirmée : doter l’Afrique d’une expertise autonome pour mieux gérer ses ressources naturelles. La directrice générale du SGNS, également ancienne présidente de l’Organisation Africaine des Services Géologiques (OAGS), Rokhaya Samba Diène, a rappelé que le continent fait face à un déficit critique de données fiables et harmonisées en matière d’hydrogéologie.
« Voilà les défis que nous avons en partage et que nous comptons relever avec le soutien de nos homologues des services géologiques européens », a-t-elle déclaré.
Ce diagnostic a conduit à faire de l’hydrogéologie minière une priorité continentale. Le programme de formation, co-construit avec des partenaires européens, notamment finlandais et français, vise ainsi à renforcer les capacités techniques des experts africains, à travers des modules allant des techniques de forage à la surveillance des nappes phréatiques, avec des applications pratiques prévues sur le terrain, notamment dans la région de Thiès.
L’Union européenne, principal bailleur, inscrit cette initiative dans une stratégie globale de partenariat avec l’Afrique. Doté de 45 millions d’euros pour la période 2025–2029, PanAfGeo+ s’intègre dans la dynamique du Global Gateway.
« En Afrique, l’eau souterraine est la première ligne de défense contre le changement climatique. Elle est aussi le moteur de l’agriculture et le garant de la santé publique », a déclaré le représentant de l’Union européenne, Jean-Marc Pizani.
Pour le chef de la délégation européenne, la production de données géoscientifiques fiables constitue un préalable indispensable à toute politique d’investissement durable et à toute prise de décision éclairée.
Partenaire technique clé, la Finlande entend, de son côté, approfondir sa coopération avec les pays africains. Son ambassadrice à Dakar a mis en avant l’expertise reconnue de son pays dans les technologies minières et la gestion durable des ressources.
« L’hydrogéologie se situe précisément à l’intersection de la gestion de l’eau et de l’exploitation minière. Elle constitue un terrain naturel de collaboration entre nos deux pays. »
Elle a également souligné l’engagement finlandais en faveur d’une exploitation minière responsable, fondée sur l’économie circulaire et la maîtrise des impacts environnementaux.
Mais c’est surtout l’intervention du ministre sénégalais de l’Énergie, du Pétrole et des Mines qui a donné à cette rencontre toute sa portée stratégique. Dans un discours structuré, il a clairement positionné l’hydrogéologie comme un pilier de la souveraineté nationale.
« Une exploitation minière responsable ne peut se concevoir sans une maîtrise parfaite du cycle de l’eau. L’hydrogéologie est la discipline pivot. »
Le ministre a insisté sur la nécessité d’anticiper les impacts des activités extractives sur les ressources hydriques, tout en développant des solutions innovantes de gestion et de réutilisation des eaux.
Élargissant le propos, il a évoqué la montée des tensions internationales autour de l’accès à l’eau, rappelant que cette ressource devient un enjeu géopolitique majeur.
« La connaissance géoscientifique est un bien public. Former des experts africains, c’est permettre à nos États de prendre des décisions souveraines. »
Dans cette perspective, le Sénégal entend jouer un rôle moteur sur la scène internationale, notamment en co-présidant la prochaine Conférence des Nations unies sur l’eau en 2026.
Dans un ton plus direct, le ministre a également lancé un appel à une coopération renforcée avec la Finlande :
« Nous devons collaborer. Vous avez l’expertise, nous avons le besoin. Ensemble, nous devons bâtir des solutions durables. »
À l’issue de la cérémonie, une quarantaine de participants issus de plusieurs pays africains ont entamé leur formation. Au-delà des enseignements techniques, cette initiative porte une ambition plus large : structurer un réseau continental d’expertise capable d’accompagner les politiques publiques et de sécuriser, sur le long terme, l’accès aux ressources stratégiques du continent.
À Dakar, l’hydrogéologie n’est plus une spécialité scientifique : elle devient un instrument de puissance.
JEAN PIERRE MALOU
L’article Souveraineté des ressources : à Dakar, l’Afrique fait de l’eau souterraine un levier stratégique est apparu en premier sur Sud Quotidien.