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on - May 28 -
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A l’heure où s’ouvre la phase retour du Hajj 2026, Air Sénégal dresse un premier bilan positif de la phase aller. Entre l’octroi anticipé des créneaux horaires, l’introduction majeure de valises standardisées pour optimiser la logistique et le déploiement du programme saoudien Tariq Maka, la Compagnie nationale franchit un cap décisif. Entretien exclusif avec M. Hanne Samba Sall, président du Comité d’organisation du Hajj, sur les coulisses d’une stratégie de rupture qui ambitionne de faire du modèle sénégalais une référence sur le continent.

Le Hajj est présenté comme une vision de rupture et de montée en gamme par le Sénégal. Quelle a été la vision principale d’air Sénégal pour réussir cette transformation cette année ?
Air Sénégal est engagée dans cette dynamique, on va dire, depuis 2024. Cette année-là a été la première où Air Sénégal Sa a organisé le pèlerinage. C’était une année d’apprentissage. En 2025, nous avons commencé à monter en gamme et en qualité. Une équipe a été mise en place suffisamment à temps pour prendre en charge ces activités. Nous avons effectué 30 vols en 2025, aller comme retour, ce qui n’avait jamais été fait au Sénégal, avec des pics à 5 vols par jour. C’était inédit. En revanche, cela a été très difficile à gérer, surtout lors de la phase retour. Nous en avons tiré des leçons. Pour cette année 2026, l’un des enseignements majeurs a été d’obtenir les créneaux horaires (les slots), c’est-à-dire le programme, suffisamment tôt pour pouvoir informer les voyagistes afin qu’ils anticipent leurs réservations d’hôtels. Dès le mois de septembre 2025, nous avons transmis ce nouveau plan aux voyagistes et à la Délégation générale au pèlerinage (Dgp).
Une deuxième montée en gamme, qui constitue la grande innovation de cette édition, est la mise à disposition de valises standardisées pour chaque pèlerin. Nous avons pensé à deux aspects : le pèlerin n’a plus besoin d’acheter de valises. C’est un investissement en moins pour lui. Nous lui offrons des valises de qualité, standardisées aux normes.
Pour la logistique, cela facilite grandement les choses pour Air Sénégal, notamment pour la phase retour. Nous n’avons plus de bagages hors gabarit (des valises trop longues, trop courtes ou trop grosses) qui posent parfois problème. Tout est standardisé, ce qui rend la manutention beaucoup plus simple. De plus, on reconnaît ces valises de loin grâce aux couleurs d’Air Sénégal et, bien évidemment, au logo de la compagnie qui nous offre une belle visibilité. C’est une innovation majeure. Cette année, nous opérons 25 vols à l’aller comme au retour. La phase aller s’est très bien passée. La phase retour débute le 31 mai pour se terminer le 10 juin.
Mettre en place toutes ces stratégies représente un défi interne pour vous ?
Oui, c’est toujours un défi, mais un défi que nous avons le plaisir de relever. Nous avons la chance d’avoir un Directeur général, M. Tidiane Ndiaye, qui possède une très grande expérience dans le transport aérien et dans l’organisation du pèlerinage. J’ai eu la chance de le côtoyer dans les années 2000, de 2002 jusqu’en 2008-2009, à l’époque d’Air Sénégal International, où il s’occupait déjà de l’organisation du Hajj. Il gérait cela non seulement pour le Sénégal, mais pour quasiment toute la sous-région. Nous avons capitalisé sur cette expérience ; il nous a montré le chemin. Aujourd’hui, c’est une équipe vraiment soudée et expérimentée qui déroule le programme, aussi bien à Dakar qu’à Djeddah pour la phase retour.
Cette année, Air Sénégal a assuré seule toutes les navettes ?
Oui, Air Sénégal détient l’exclusivité du transport du quota national, qui est de 12 860 pèlerins. Nous avons transporté exactement 9729 pèlerins lors de la phase aller, et nous en espérons autant pour le retour. Il faut tout de même noter que sur le quota global, certains passagers ou voyagistes sont partis via des vols réguliers. Normalement, ce n’est pas autorisé, mais je laisse la Délégation générale gérer cet aspect des choses. En ce qui nous concerne, nous avons transporté par nos propres moyens tous les pèlerins ayant un visa sénégalais au départ de Dakar.
A travers la réussite de cette édition, l’ambition est de faire du modèle sénégalais une référence en Afrique. Pensez-vous que la compagnie a franchi un cap cette année ?
Air Sénégal a franchi un cap, et je dirais même depuis l’année dernière. Je ne l’ai pas mentionné tout à l’heure, mais l’année dernière, nous avons transporté plus de 2000 pèlerins de la Gambie et de la Guinée-Bissau sans aucun problème. Cette année, nous avons choisi de nous recentrer uniquement sur le Sénégal. Cependant, face aux nombreuses sollicitations d’autres pays, je pense que l’année prochaine, forts de notre expérience et de notre équipe soudée, nous allons certainement nous projeter vers d’autres horizons pour exporter notre savoir-faire. Nous avons cette ambition d’élargir notre action pour le pèlerinage, au Sénégal comme au-delà de nos frontières.
Qu’en est-il de la clarification de la franchise bagages avec les voyagistes privés ?
Oui, nous avons eu des échanges très tôt avec les voyagistes. Si je me rappelle bien, la première réunion s’est tenue dès le mois d’octobre à l’Institut islamique, où plusieurs d’entre eux étaient regroupés. Nous avons pu leur expliquer le fonctionnement du pèlerinage de cette année. Tout au long du processus, différentes rencontres ont eu lieu, non seulement avec les voyagistes privés, mais aussi de façon très régulière avec la Délégation générale, que ce soit de manière volontaire ou sur convocation. Nous avons également réuni tous les acteurs et corps de métier de la plateforme aéroportuaire qui gravitent autour du Hajj.
Comme on le dit souvent, le pèlerinage concerne toute la communauté du Hajj. C’est une chaîne qui implique plusieurs entités et parties prenantes. Nous gérons le volet transport et nous essayons de nous en acquitter du mieux possible, mais d’autres acteurs y contribuent. C’est l’occasion pour moi de les saluer tous : la plateforme aéroportuaire, la Délégation générale, notre ministère de tutelle, etc. C’est d’ailleurs un aspect intéressant : dès qu’il y a un couac, c’est la compagnie qui est indexée car elle est la plus visible. Quand tout fonctionne bien, personne ne parle de nous. J’assistais à des réunions pas plus tard que ce matin (hier) où tout le monde se félicitait. Si tout marche bien, c’est que la compagnie a fait sa part du travail, mais on n’en parle malheureusement pas. C’est un rôle parfois ingrat, mais nous poursuivrons nos efforts pour que les pèlerins ne soient jamais lésés. Ils n’ont pas à subir de difficultés ; ils veulent juste voyager, accomplir leurs actes de dévotion et revenir. Notre mission est de leur faciliter la tâche. Air Sénégal fera le maximum. D’ailleurs, ce soir (hier), notre équipe s’envole pour Djeddah afin de se positionner. Des rencontres ont été anticipées et d’autres sont prévues sur place avec les voyagistes, la Délégation générale et nos partenaires saoudiens pour caler la logistique de manutention des bagages. Tout est planifié pour que la phase retour se déroule dans les meilleures conditions.
Quelle est l’organisation concrète de cette logistique ?
Pour vous montrer à quel point le niveau de concertation est poussé, nous avons défini des codes couleur pour les valises standardisées en accord avec la Délégation générale. Le vert est dédié aux passagers de la Délégation générale (environ 1800 à 2000 pèlerins). Près de 3000 valises d’une autre couleur sont attribuées aux voyagistes privés qui ont choisi le «Hajj direct». Le reste (un peu plus de 7000) va aux voyagistes du «Hajj fusion», c’est-à-dire ceux qui opèrent sous le couvert de la Délégation bien qu’étant privés. Nous avons choisi les couleurs nationales (vert, jaune, rouge). Ce sont des valises de qualité que nous avons commandées dès le mois de décembre 2025 pour les recevoir à temps. Pour le moment, tout se passe bien.
Pour la logistique sur place, nous collaborons avec la partie saoudienne pour la manutention. En règle générale, nous préférons travailler de nuit à Djeddah. Pourquoi ? Parce que la journée, aux heures de prière, les routes sont bloquées et on ne peut pas évacuer les valises. La nuit, en revanche, les voyagistes ont déjà effectué la pesée et les valises sont regroupées dans des pôles. Notre équipe arrive, procède à la contre-pesée et pose les étiquettes en présence des seuls responsables des voyagistes. Cela évite les mouvements de foule. Les camions sont prêts, l’équipe saoudienne ramasse tout et évacue le fret. Durant la nuit, nous pouvons ainsi enchaîner deux ou trois rotations avec des voyagistes différents. C’est une option testée l’année dernière qui a parfaitement fonctionné, et nous allons la rééditer cette année avec les mêmes attentes de résultats. La phase retour reste le plus grand défi car elle se déroule à l’étranger, dans un environnement très dense où les pèlerins sont fatigués et pressés de rentrer. Tout le monde veut partir en même temps. Mais nous avons l’expérience, et je pense que les voyagistes et la Dgp sont suffisamment avertis pour que, main dans la main, nous réussissions cette étape.
Un autre point important est le transport de l’eau bénite de Zamzam. Comment cela est-il géré ?
C’est en effet un point essentiel qu’on n’évoque pas souvent. On dit souvent que seules deux choses proviennent à coup sûr de La Mecque : l’eau de Zamzam et les dattes (le reste pouvant venir d’ailleurs, comme de Chine). Pour le Zamzam, notre organisation est bien rodée : dès la phase aller, lorsque nos avions acheminent les passagers vers Médine, ils sont chargés de bouteilles de Zamzam pour le vol retour. Ainsi, avant même la fin de la phase aller, les stocks d’eau bénite sont déjà positionnés à Dakar. Aujourd’hui, nous avons plus de 10 000 bouteilles de Zamzam stockées à l’aéroport. Dès que le passager atterrit à Dakar au retour, on lui remet directement son bidon de 5 litres. Les avions voyagent donc à vide de passagers au retour, mais avec des soutes pleines de Zamzam. C’est une excellente stratégie.
Le Sénégal fait également partie des rares pays à bénéficier du programme Tariq Maka (La Route de La Mecque). Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est ?
En effet, le Sénégal s’illustre positivement dans ce domaine. Tariq Maka est une initiative du Royaume d’Arabie Saoudite, gérée chez nous par la Délégation et le ministère des Affaires étrangères, qui vise à faciliter les formalités d’arrivée des pèlerins. Actuellement, seuls neuf pays dans le monde sont intégrés à ce programme, et le Sénégal est le deuxième pays en Afrique de l’Ouest à en bénéficier, après la Côte d’Ivoire.
Concrètement, à l’aéroport de Dakar, le passager effectue ses formalités de police de départ avec les autorités sénégalaises, et immédiatement après, il passe devant des box de la police saoudienne installés sur place pour effectuer ses formalités d’arrivée en Arabie Saoudite. C’est comme si le départ et l’arrivée se faisaient au même endroit. L’avantage est immense : lorsqu’il atterrit à Médine ou Djeddah, le pèlerin sort de l’avion, monte directement dans le bus et rejoint son hôtel. Ses valises le suivent ou le devancent directement à l’hôtel. Après 8 à 9 heures de vol, c’est un gain de temps et d’énergie extraordinaire. C’est une très belle initiative qui fait honneur au Sénégal, car les Saoudiens n’accordent pas ce privilège à n’importe quel pays. Le Sénégal a su remplir toutes les conditions d’éligibilité, et cette année, cela s’est magnifiquement bien passé.
Si vous aviez un message personnel à adresser aux pèlerins sénégalais, quel serait-il ?
Lors de la phase aller, je leur ai demandé de prier pour le pays et pour la compagnie, pour que la paix des cœurs et la prospérité règnent ici. Pour la phase retour, je sais qu’après avoir accompli leur Hajj, ils seront fatigués. Tout reposera sur la discipline et l’organisation, notamment celle des voyagistes. Il est impératif que les passagers respectent scrupuleusement les franchises bagages ainsi que les heures de convocation, et qu’ils se dirigent calmement vers les avions le jour de leur vol. Nous nous chargerons du reste.
Les enregistrements des bagages se feront 48 heures à l’avance, et il faut qu’ils prennent leurs dispositions. Nous avons déjà connu des cas où des passagers convoqués s’absentaient pour une dernière prière, rataient leur vol et créaient de lourdes complications. Il faut vraiment s’en tenir aux directives des organisateurs et tout se passera bien, Incha’Allah.
Qu’en est-il des consignes strictes sur les bagages ? Les valises fournies sont-elles les seules acceptées ?
Absolument. Nous leur avons signifié que les valises offertes seront les seules acceptées. Pas de sacs à dos supplémentaires, pas de baluchons sur la tête, pas de sacs de marché (sécisseurs). Nous donnons deux valises de 23 kg et un bagage cabine de 10 kg : il faut s’y limiter, c’est amplement suffisant. Beaucoup de pays ne distribuent qu’une seule valise. Si l’on respecte cette franchise et les horaires, tout se déroulera parfaitement. Le vol retour dure entre 8 et 9 heures. C’est long, mais c’est l’avantage d’Air Sénégal : c’est un vol direct. Vous arrivez, vos bagages sont là et vous rentrez directement chez vous.
Des actions de sensibilisation ont-elles été menées auprès des pèlerins concernant les comportements à adopter ?
Oui, nous avons énormément communiqué cette année. Des spots et des capsules vidéo ont été mis à la disposition des pèlerins, à l’aller comme au retour. Ces supports sont essentiels pour éviter que ceux qui n’ont pas l’habitude de prendre l’avion ne soient désorientés. Nous avons également mis en place une grande innovation cette année : nous avons formé les guides de chaque groupement pendant une journée entière. Ainsi, dans chaque vol, il y a au moins deux personnes formées par Air Sénégal prêtes à servir d’interlocuteurs entre l’équipage et les passagers (pour expliquer l’utilisation des ceintures de sécurité, etc.). Pour la phase aller, aucun incident ne nous a été rapporté. Nous ferons un rafraîchissement de cette formation avec les guides pour la phase retour. Incha’Allah, ce pèlerinage sera une édition à marquer d’une pierre blanche.
Propos recueillis par Bocar SAKHO – bsakho@lequotidien.sn