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À l’occasion du vernissage de l’exposition « Ousmane Sow, intemporel », le vendredi 24 avril 2026, le Musée des Civilisations Noires (MCN) a offert au public une immersion exceptionnelle dans l’univers du sculpteur sénégalais de renommée mondiale, Ousmane Sow. Cette visite guidée, orchestrée par la commissaire, curatrice et scénographe Béatrice Soulé, a rassemblé autorités, amateurs d’art et curieux dans une atmosphère à la fois studieuse et vibrante.
En présence du ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme, Amadou Ba, du secrétaire d’État à la Culture et aux Industries créatives, Dr Bacary Sarr, ainsi que du Directeur général du MCN, professeur, Mouhamed Abdallah Ly, les visiteurs ont pris d’assaut la grande salle d’exposition, captivés par la puissance plastique et narrative des œuvres.
Dès l’entame de la visite, Béatrice Soulé a insisté sur un paradoxe : celui d’un artiste célébré à l’international mais encore insuffisamment connu de ses compatriotes. « Cette exposition vient combler un vide mémoriel et pédagogique », a-t-elle expliqué, en guidant le public à travers les différentes séquences de la scénographie.
L’ambiance était toutefois particulière. Caméramen et photographes se précipitaient pour capturer les moindres détails, bousculant parfois les délimitations protégeant les œuvres. Un manque de respect que Béatrice Soulé n’a pas laissé passer. D’une voix ferme, elle a interpelé les équipes : « S’il vous plaît, est-ce que vous pouvez respecter les œuvres ? Et s’il y a une délimitation, c’est précisément pour que personne ne la passe. Merci. »
Un rappel à l’ordre salué par l’assistance, témoignant de l’engagement total de la commissaire pour la préservation de l’intégrité des œuvres.
Le parcours s’ouvre sur les grandes figures historiques et symboliques revisitées par Ousmane Sow. Parmi elles, la sculpture de Toussaint Louverture, dont l’histoire singulière entre rivalités muséales internationales témoigne du rayonnement de l’artiste.
Plus loin, la représentation de Nelson Mandela révèle une interprétation audacieuse : un visage mêlant jeunesse et maturité, associé à une mise en scène allégorique du combat politique africain.
L’exposition accorde également une place centrale aux séries africaines emblématiques : les Noubas, les Peuls et les Zoulous. À travers ces ensembles, le sculpteur célèbre la force, la dignité et les rituels des sociétés africaines. Les lutteurs, notamment ceux aux bracelets tranchants, incarnent cette tension entre combat et reconnaissance de l’autre, thème cher à l’artiste. Une scène de mariage peule, où la femme choisit son époux après la lutte, illustre avec subtilité les dynamiques sociales et culturelles.
Parmi les œuvres marquantes, L’Homme et l’enfant, conçu pour Besançon, symbolise la protection et la transmission, tandis que l’hommage au père de l’artiste, Moctar Sow, traduit un respect filial profond. La figure de Victor Hugo, quant à elle, rappelle l’engagement humaniste de l’artiste, qui préféra représenter celui « qui a le mieux parlé de la misère » plutôt que la misère elle-même.
Une salle entière est consacrée à la fresque monumentale de la bataille de Bataille de Little Bighorn, souvent considérée comme le chef-d’œuvre d’Ousmane Sow. À travers une mise en scène spectaculaire de chevaux en mouvement et de figures amérindiennes comme Sitting Bull ou Crazy Horse, l’artiste déploie une vision épique et tragique de l’histoire. La puissance anatomique des chevaux blessés, rare dans l’histoire de l’art, frappe particulièrement les visiteurs.
La visite s’est également enrichie d’archives audiovisuelles montrant l’artiste au travail, révélant un créateur autodidacte, inventif dans le choix des matériaux, mêlant paille, terre et éléments de récupération. Ce regard intime sur le processus de création a profondément marqué le public.
UN HOMMAGE A LA TRANSMISSION
L’exposition se veut aussi un espace de médiation et de transmission. Une salle entière est consacrée à la biographie de l’artiste, à ses séries africaines (Massaïs, Peuls, Zoulous) et à sa reconnaissance tardive, notamment par l’Académie des Beaux-Arts où il fut élu à l’unanimité grâce à Jean-Christophe Ruffin et Abdou Diouf.
Béatrice Soulé a également présenté Le saut dans le vide, le pommeau d’épée imaginé par l’artiste, symbole de son abandon de la kinésithérapie pour se consacrer entièrement à la sculpture.
LAMINE DIEDHIOU
L’article Musée des civilisations noires (MCN) de Dakar : visite guidée au cœur de “Ousmane Sow, intemporel” est apparu en premier sur Sud Quotidien.