" "
Posted by - support -
on - Mon at 1:00 PM -
Filed in - Society -
-
5 Views - 0 Comments - 0 Likes - 0 Reviews
À l’occasion de la journée mondiale contre le tabagisme ce 31 mai, le monde se mobilise face à un fléau qui est aussi un empire économique. L’urgence de santé publique se heurte aux stratégies d’un lobby puissant, maintenant un arbitrage douloureux entre vies humaines et profits financiers.
La Journée mondiale sans tabac, lancée par l’Organisation mondiale de la Santé, n’est pas une simple commémoration. Elle rappelle que le tabac tue plus de huit millions de personnes chaque année dans le monde, dont plus d’un million de non-fumeurs exposés au tabagisme passif. Cancers, maladies cardiovasculaires, bronchopneumopathies chroniques, accidents vasculaires cérébraux… la liste des pathologies liées au tabac est longue. Les enfants et les femmes enceintes figurent parmi les victimes silencieuses d’une industrie qui, pour maintenir son marché, continue de recruter de nouveaux consommateurs.
Face à cette hécatombe évitable, les autorités et certains acteurs acteurs de la société civile multiplient les réponses : campagnes de prévention, programmes de sevrage, interdictions de fumer dans les lieux publics. L’objectif est double. D’abord empêcher l’entrée des jeunes dans le tabagisme et puis aider les fumeurs à arrêter.
Se débarrasser du tabac n’est pas qu’une question de santé publique. C’est aussi une affaire d’argent. L’industrie du tabac génère chaque année des centaines de milliards de francs (dollars ou euros ) et emploie directement ou indirectement des millions de personnes, des agriculteurs, des transporteurs, des ouvriers d’usine, des logisticiens et commerçants. Dans plusieurs pays, les recettes fiscales tirées du tabac constituent une part significative des ressources publiques.
Ce poids économique crée un dilemme pour de nombreux gouvernements. Comment protéger la santé des populations sans provoquer des perturbations sociales et économiques majeures ? La réponse n’est ni simple ni uniforme, d’autant que la transition exige des politiques de reconversion et des soutiens financiers souvent coûteux.
Plutôt que de disparaître, l’industrie s’adapte. Elle fait des cigarettes électroniques, des produits du tabac chauffé, de nouvelles saveurs. Les fabricants innovent pour séduire, notamment les jeunes adultes. Présentés comme des alternatives « moins nocives », ces produits restent cependant porteurs de risques. L’Oms et plusieurs autorités sanitaires le rappellent. Aucun produit du tabac n’est inoffensif. La fumée des produits chauffés et les aérosols des e-cigarettes contiennent des substances toxiques et peuvent favoriser la dépendance.
Sur le plan commercial, la stratégie demeure inchangée : créer et entretenir une dépendance, fidéliser la clientèle et attirer de nouveaux consommateurs en contournant les restrictions traditionnelles.
Les mesures de lutte contre le tabac exigent des arbitrages délicats. Hausser les taxes réduit la consommation mais peut alimenter le marché illicite. Interdire la publicité protège les jeunes mais heurte des intérêts économiques puissants. Imposer des paquets neutres et des images chocs diminue l’attrait du produit, mais les industriels rivalisent d’ingéniosité sur les plateformes numériques et les circuits non réglementés.
La réalité économique et sociale est crue. Les coûts liés au tabagisme tels que les dépenses de santé, les pertes de productivité, les décès prématurés, excèdent largement les bénéfices fiscaux à long terme. Pourtant, le temps politique et le calendrier électoral compliquent la mise en œuvre de politiques publiques ambitieuses et soutenues.
Agir collectivement pour sauver des vies
La Journée mondiale sans tabac ne doit pas rester une exhortation symbolique. Elle est l’occasion de rappeler que chaque acteur de la société peut agir : citoyens, décideurs, professionnels de santé, enseignants. Informer, accompagner les personnes qui souhaitent arrêter, légiférer sans céder aux compromis et soutenir les filières agricoles vers des cultures de remplacement sont des pistes concrètes.
Au-delà des bilans chiffrés, le débat est moral et politique : préférons-nous des recettes fiscales immédiates ou des vies épargnées ? Des emplois dépendants d’un produit mortel ou des générations en meilleure santé ? Pour les militants antitabac, la réponse est claire : aucun intérêt financier ne vaut un souffle humain.
SAMBA NIEBE BA
L’article Journée mondiale sans tabac : l’industrie du tabac entre santé publique et intérêts financiers est apparu en premier sur Sud Quotidien.