" "
Posted by - support -
on - 1 hour ago -
Filed in - Society -
-
4 Views - 0 Comments - 0 Likes - 0 Reviews
La question des crypto-actifs et de la finance numérique s’est imposée au cœur des préoccupations des banques centrales africaines et des grandes institutions financières internationales. Entre promesses d’inclusion financière, accélération technologique et risques croissants pour la stabilité monétaire, les régulateurs du continent cherchent à apporter une réponse commune face à la révolution numérique mondiale. Des enjeux de cybersécurité à la souveraineté monétaire, en passant par la blockchain, les monnaies numériques et la menace quantique, les débats ont mis en lumière une transformation profonde des équilibres financiers internationaux
Réunis à Dakar à l’initiative de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), gouverneurs de banques centrales, institutions financières internationales et régulateurs ont débattu des défis posés par les crypto-actifs à la stabilité monétaire africaine. Entre inclusion financière, innovation technologique et impératifs de souveraineté, le continent cherche désormais une réponse réglementaire commune.
Dakar s’est imposée, le temps d’une journée, comme l’un des principaux centres mondiaux de réflexion sur la régulation des crypto-actifs. À l’initiative du gouverneur de la BCEAO, Jean-Claude Kassi Brou, la troisième conférence internationale de l’institution a réuni un aréopage de décideurs rarement rassemblés sur le continent.
Autour des gouverneurs des banques centrales de la zone UEMOA se trouvaient également des représentants du Kenya, du Botswana, de Maurice, du Mozambique et de la Tunisie, aux côtés d’experts du Fonds monétaire international, de la Banque mondiale et de la Banque des règlements internationaux. La présence de Lisa D. Cook, venue de Washington, a confirmé l’attention internationale portée à cette rencontre.
Le thème retenu, « Crypto-actifs et innovations numériques : opportunités et défis pour la stabilité monétaire et financière » résume à lui seul l’équation à laquelle les banques centrales africaines sont désormais confrontées. Il s’agit accompagner l’essor des technologies financières sans fragiliser des systèmes monétaires encore vulnérables.
Une révolution financière sous surveillance
Dans son allocution d’ouverture, le ministre sénégalais des Finances et du Budget, Cheikh Diba, a présenté les innovations numériques comme « une opportunité historique » pour des économies africaines longtemps marquées par la sous-bancarisation.
Réduction des coûts de transaction, accélération des paiements, inclusion financière élargie, développement des fintechs : pour les autorités sénégalaises, les technologies liées à la blockchain, à l’intelligence artificielle et aux services financiers numériques pourraient permettre au continent d’accélérer sa transformation économique.
Les autorités monétaires entendent également éviter les dérives observées sur d’autres marchés. La volatilité extrême des crypto-actifs, les risques de blanchiment de capitaux, la cybercriminalité, le financement du terrorisme ou encore développement d’une finance parallèle échappant aux régulateurs figurent parmi les principales préoccupations évoquées durant les échanges.
Au cœur des inquiétudes est surtout la question de la souveraineté monétaire. L’essor de monnaies numériques privées pourrait, à terme, réduire la capacité des banques centrales africaines à contrôler leurs politiques monétaires et leurs systèmes de paiement.
La BCEAO veut éviter une régulation fragmentée
Pour Jean-Claude Kassi Brou, cette conférence s’inscrit dans une stratégie de veille et d’anticipation engagée par la BCEAO après des éditions consacrées au changement climatique en 2024 puis à l’intelligence artificielle en 2025.
Dans un espace monétaire intégré comme l’UEMOA, une régulation dispersée entre les huit États membres exposerait l’ensemble de l’Union à des risques de contournement réglementaire et de contagion financière. D’où la volonté affichée d’élaborer progressivement un cadre harmonisé à l’échelle régionale.
Le Sénégal soutient cette approche et plaide pour une régulation capable d’assurer la supervision transfrontalière des crypto-actifs tout en préservant un environnement favorable à l’innovation financière africaine. Parallèlement, plusieurs institutions internationales intensifient leurs travaux sur les monnaies numériques de banque centrale (MNBC), considérées comme une alternative publique et régulée aux crypto-actifs privés. Plusieurs banques centrales africaines explorent déjà cette piste.
Le Sénégal affiche ses ambitions numériques
En marge des débats, Dakar a également mis en avant sa propre stratégie numérique. Cheikh Diba a rappelé le lancement, en février 2025, du « New Deal Technologique », feuille de route visant à faire du Sénégal un hub régional des services numériques à haute valeur ajoutée à l’horizon 2050. Cette stratégie repose notamment sur la souveraineté numérique, la protection des données, la dématérialisation des services publics, le développement de la fintech et de l’intelligence artificielle, ainsi que le renforcement du positionnement du pays comme plateforme technologique et financière régionale. Au-delà des seuls enjeux technologiques, la maîtrise des infrastructures numériques apparaît désormais comme un levier central de puissance économique et de souveraineté pour les États africains.
Vers une doctrine africaine commune
L’enjeu de la conférence de Dakar dépasse largement le cadre de l’UEMOA. Alors que les pays africains avancent encore en ordre dispersé sur la question des crypto-actifs certains privilégiant l’encadrement, d’autres la restriction ou le développement de monnaies numériques publiques la nécessité d’une convergence réglementaire continentale devient de plus en plus évidente.
Les conclusions des travaux de Dakar pourraient ainsi constituer les premières bases d’une doctrine africaine commune sur les actifs numériques. Reste désormais à transformer les échanges techniques et académiques en décisions réglementaires concrètes, véritable test de maturité institutionnelle pour les banques centrales africaines face à la révolution numérique mondiale.
JEAN PIERRE MALOU
L’article Crypto-actifs & finance numérique : Dakar à l’heure crypto est apparu en premier sur Sud Quotidien.