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on - May 20 -
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Un des trois films africains présents dans «Un certain regard», premier long métrage aspirant à la Caméra d’or et signé Rafiki Fariala, est aussi une première pour le cinéma centrafricain. Promesse d’une nouvelle vague ? On l’espère.

Par Jean-Pierre PUSTIENNE, correspondance particulière – «Je me bats à tous les recoins de la rue, HéHé-Héé… Dieu on va y arriver, à contrôler… Grrrr… On le fait pour la famille, HéHé-Héé… On va rester forts pour la famille…» Ces paroles extraites du rap d’ouverture de Congo Boy, scandées à l’écran en langue sango, donne le la du premier long métrage centrafricain jamais diffusé dans la sélection «Un Certain regard» à Cannes. Plus qu’un la à vrai dire, un programme, une voie à suivre. Il résonne à travers la narration comme un manifeste d’espoir, une requête à considérer les jeunes réfugiés autrement, un appel à la jeunesse africaine à se saisir de son futur comme de celui du continent dans le respect des valeurs qui font l’Afrique, si l’on en croit les déclarations à la presse internationale de son auteur, Rafiki Fariala, slameur sous le nom de Rafiki -RH2O et aujourd’hui cinéaste, à 28 ans seulement.
A l’image, c’est Robert (Bradley Fiomona), le truchement de l’auteur, qui entonne ce rap avec orgueil parmi les taxis qu’il offre de dépoussiérer au fil des artères de Bangui. Mais c’est bien de l’autobiographie à la première personne de Rafiki Fariala qu’il s’agit.
Laver les voitures, vendre l’eau en sachets et autres jobs occasionnels, ce réfugié congolais en Rca les a assumés à l’adolescence. Il est encore mineur quand ses père et mère sont arrêtés en tentant de fuir cette fois les rébellions armées dont les rafales les poursuivent jusque dans les faubourgs centrafricains.
A la charge de Rafiki comme de Bradley-Robert, élu parmi 700 postulants pour incarner le premier, quatre sœurs et frères dont un tout petit que materne le jeune homme. Les cinq sont hébergés dans la résidence de l’officier qui a arrêté leurs parents. Un confort relatif car ils doivent s’acquitter en échange d’un presque travail d’esclaves domestiques. De plus, l’adresse du colonel où ils gîtent en fait des cibles pour les rebelles. Rafiki, comme Robert plus loin dans le film, le paiera d’un tir d’AK 47 lui clouant un pied.
S’il lui reste du temps, peu en vérité, Robert ou Rafiki tout pareil, révise de loin son Bac sur l’injonction absolue de son paternel auquel il rend de régulières visites, comme à sa mère, au parloir de leurs tôles respectives. Rester fort pour la famille, comme claque le slam des plans premiers.
Ce n’est pas tout. Le héros et un pote sont comme drogués de rap et de slam. Ils n’hésitent pas à s’insinuer de nuit dans quelques clubs de la ville. Un soir, des crépitements d’AK 47 provoquent la panique générale. Robert, tel Rafiki alors, s’empare du micro abandonné par le Dj paralysé de peur. Comme on saisit l’opportunité unique d’une vie. «Je chante quand j’ai faim, quand je bosse, quand je m’ennuie, bref je chante toujours, ça m’aide à vivre, confie à qui veut l’entendre le réalisateur, ce n’était pas le moment de manquer de cran…» Ainsi décolle la légende du futur Congo Boy dont le talent fera pleuvoir les billets sur sa personne, façon griot à l’ère du rap au fil de l’Oubangui. Jusqu’à lui rapporter un beau chèque lui permettant entre autres de libérer père et mère…
Cette picaresque et musicale fresque africaine en cache une autre aux racines plus anciennes. Comment la Rca, désert de salles et d’écrans, a-t-il pu faire émerger ce qui pourrait s’apparenter aux prémices d’une nouvelle vague du cinéma africain. Africain si, jusqu’aux fréquences de la bande sonore supervisées en personne par Rafiki, par ailleurs compositeur. «Chez nous, les basses se doivent de secouer et cadencer les âmes à la différence de l’Europe», comme il le martèle s’agissant de sa musique. Comment une telle émergence ? Réponse : grâce aux habituelles coproductions internationales certes. C’est le cas en l’occurrence concernant la France comme l’Italie. Mais sont également impliqués ici Congo et Rca.
Cette dernière est représentée par Makongo immatriculée à Bangui. Son promoteur n’est autre que le cinéaste français Boris Lojkine dont L’Histoire de Souleymane a bouleversé Cannes voilà deux ans. Il a tourné à Bangui en 2017, un film consacré à Camille, journaliste française morte en Rca. Et a trouvé le temps de réanimer des ateliers Varan dont l’initiative remonte, elle, à Jean Rouch, le plus africain des ethnologues et cinéastes français. Ces ateliers destinés à la formation cinématographique ont attiré parmi d’autres un certain Rafiki. Le futur auteur de Congo Boy est par la suite devenu l’assistant-réalisateur de Lojkine sur Camille comme L’Histoire de Souleymane.
Congo Boy est un film réellement africain parfaitement réalisé, cadré et produit avec un coup de pouce additionnel de la Cinéfabrique de Lyon-Marseille, une école de cinéma (gratuite) dédiée à la diversité. Son président d’honneur n’est autre que le réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako, auteur du film Timbuktu. Oui, le cinéma est une odyssée universelle qui part et revient en Afrique.